16/11/2010
L'Europe du néant

"Au bout du compte, ce que l'on
nomme Union européenne
n'est plus qu'une métastase
de 27 pays dont le seul point commun
est de se situer sur le même continent,
une Europe du néant".
La crise financière qui agite l'Europe depuis le printemps dernier a montré la fragilité de l'Union européenne et son inexistence politique que le président des Etats-Unis d'Amérique, Barack Obama avait déjà illustrée à sa manière, en témoignant d'un certain désintérêt pour le Vieux Continent. On ne saurait lui en faire grief car face aux Etats-Unis d'Amérique, où sont les Etats-Unis d'Europe? [1] Les Européens eux-mêmes ne se reconnaissent pas dans cette "union" européenne car "plus que jamais, l’Europe est l’affaire des diplomates (un peu) et des experts (surtout), et nullement des citoyens. Ce sont donc des fonctionnaires qui n’ont pas de comptes à rendre au peuple qui font les choix fondamentaux. On passe ainsi d’un système démocratique national à un «technosystème» européen qui écarte le citoyen de tout droit de regard sur la décision politique" [2]. Ils s'y reconnaissent d'autant moins que les pays membres se sont vu dépouiller peu à peu d'une partie de leur souveraineté: "Traité après traité, la construction européenne s’est accomplie par un dessaisissement progressif des attributions des parlements nationaux, qui n’a pas été compensée par la mise en place d'une capacité législative et d’une capacité de contrôle à la mesure des attributions transférées au niveau européen"[3]. En clair, le fonctionnement des institutions européennes est assuré par des gens qui ne sont pas des élus mais des technocrates qui prennent des décisions devant ensuite s'imposer à tous les pays membres. L'Europe n'a donc pas de véritables institutions politiques au point que l'on ne peut parler d'union, surtout quand elle se compose de vingt-sept pays membres. On pourrait énumérer à l'envi toutes les tares de ce qu'il faut bien appeler le conglomérat européen mais tel n'est pas notre propos. Nous nous attacherons plutôt à montrer comment l'Europe a manqué une occasion unique de faire son unité, tout d'abord parce qu'elle a renié son histoire, le tribunal de Nuremberg n'ayant pas cherché les causes profondes qui ont fait basculer l'Europe dans l'horreur; c'est pourquoi, il nous faut, une fois de plus, nous plonger dans l'Histoire pour mettre en évidence le fait que la question de l'unité européenne trouve ses origines dans l'empire romain et celui de Charlemagne et que tout le reste en découle.
L'empire carolingien, archétype de l'unité européenne.
Lorsque les Romains se lancent à la conquête de l'Europe, ils connaissent un grave échec quand ils veulent soumettre les Germains qui vivent sur la rive droite du Rhin : en l'an 9, le général romain Varus perd trois légions et sa propre vie après la bataille de Teutobourg donnant la victoire à son adversaire, Arminius et laissant la majorité des Germains à l'écart de l'empire romain, ce qui ne sera pas sans conséquences comme nous le verrons plus loin. Un autre évènement, majeur celui-là, se produit: l'empereur Constantin, par l'édit de Milan promulgué en 313, accorde la liberté de pratique pour toutes les religions, mettant fin aux persécutions exercées à l'encontre des chrétiens et au culte de l'empereur. Mais les vieilles habitudes ont la vie dure: Constantin écarte le pape Sylvestre 1er du synode d'Arles et surtout du concile de Nicée; dès le départ, l'autorité temporelle a tendance à empiéter sur l'autorité spirituelle. Clovis, roi des Francs, s'il est soumis au pape, connaît de grandes difficultés pour unifier son royaume, se trouvant en butte aux Germains christianisés qui avaient opté pour l'arianisme qui permet au roi de s'identifier au Christ surhomme et de devenir le chef de l'Église, conservant ainsi son pouvoir religieux. Ce n'est qu'avec Charlemagne que l'on peut à nouveau parler d'empire en Europe occidentale et qui apparaît comme un renouveau de l'Empire romain mais sous une autre forme quand le pape Léon III le couronne: "Léon III inaugure une stratégie nouvelle: celle d'un empire chrétien où l'empereur serait le défenseur de la cité de Dieu. L'empereur tient alors ses pouvoirs du pape dont il reproduit dans l'ordre temporel les pouvoirs spirituels. Toute la querelle des investitures, on le sait, sortira de cette formulation équivoque, qui fait de l'empereur un sujet dans l'ordre spirituel mais le place en même temps à la tête d'une hiérarchie temporelle dont on affirmera bientôt le caractère sacral"[4]. Evidemment ce nouvel empire ne s'est pas créé ex nihilo: "Romulus Augustule, dernier empereur de l'Occident latin, est déposé en 475. Seul subsiste alors l'empire d'Orient. Cependant, après le démembrement de l'empire d'Occident, une nouvelle conscience unitaire semble se faire jour en Europe occidentale. Dès 795, le pape Léon III date ses bulles, non plus du règne de l'empereur de Constantinople, mais de celui de Charles, roi des Francs et patricien des Romains. Cinq ans plus tard, le jour de Noël de l'an 800, Léon III dépose à Rome la couronne impériale sur la tête de Charlemagne"[5]. Toutefois, l'Empire se distingue de la nation: "Qu'est-ce qui distingue fondamentalement l'Empire de la nation ? C'est d'abord le fait que l'Empire n'est pas avant tout un territoire, mais fondamentalement un principe ou une idée. L'ordre politique y est en effet déterminé, non par des facteurs matériels ou par la possession d'une étendue géographique, mais par une idée spirituelle ou politico-juridique. Ce serait donc une erreur de s'imaginer que l'Empire diffère de la nation avant tout par la taille, qu'il est en quelque sorte «une nation plus grande que les autres». Certes, par définition, un empire couvre une large superficie. Mais l'essentiel n'est pas là. L'essentiel tient au fait que l'empereur tient son pouvoir de ce qu'il incarne quelque chose qui excède la simple possession. En tant que dominus mundi, il est le suzerain des princes comme des rois, c'est-à-dire qu'il règne sur des souverains, non sur des territoires, qu'il représente une puissance transcendant la communauté dont il a la direction"[6]. Et ce qui transcende l'Empire et l'empereur lui-même, c'est le pouvoir spirituel incarné par le pape, vicaire du Christ. C'est pourquoi "L'unité de l'Empire n'est pas une unité mécanique, mais une unité composée, organique, qui excède le contour des États. Dans la mesure même où il incarne un principe, l'Empire n'envisage d'unité qu'au niveau de ce principe. Alors que la nation engendre sa propre culture ou prend appui sur elle pour se former, il englobe des cultures variées. Alors que la nation cherche à faire se correspondre le peuple et l'État, il associe des peuples différents. Sa loi générale est celle de l'autonomie et du respect de la diversité. L'Empire vise à unifier à un niveau supérieur sans supprimer la diversité des cultures, des ethnies et des peuples. Il constitue un tout dont les parties peuvent être d'autant plus autonomes que ce qui les réunit est plus solide. Ces parties restent organiques et différenciées. L'Empire s'appuie par là beaucoup plus sur les peuples que sur l'État ; il cherche à les associer à une communauté de destin sans les réduire à l'identique"[7]. Charlemagne illustre parfaitement ces principes qui régissent l'Empire, même s'il ne résiste pas toujours à la tentation d'empiéter sur l'autorité spirituelle en organisant un concile à Aix-la-Chapelle en 809 au cours duquel, et malgré l'opposition du pape Léon III, il introduit la notion de filioque, détonateur (et non cause principale) du schisme d'Orient qui se produira deux siècles et demi plus tard. Il n'en demeure pas moins que Charlemagne est à l'origine d'un renouveau culturel majeur en Occident qui se prolonge avec Louis le Pieux (814-840) et Charles le Chauve (843-877), c'est la renaissance carolingienne: "La renaissance carolingienne, première période de renouveau culturel majeur au Moyen Âge à l'échelle de l'Occident, est une période d'importants progrès intellectuels, notamment grâce à la redécouverte de la langue latine, à la sauvegarde de nombreux auteurs classiques, et à la promotion des arts libéraux"[8]. Malgré les tribulations qui ont suivi l'effondrement de l'empire romain, l'Occident n'avait pas perdu pour autant le legs de l'Antiquité [9]. L'empire carolingien est vraiment l'archétype de l'unité européenne mais il finit à son tour par se disloquer: "Le traité de Verdun (843) ayant consacré le partage de l'empire des Francs entre les trois petits-fils de Charlemagne, Lothaire Ier, Louis le Germanique et Charles le Chauve, le roi de Saxe Henri Ier est à son tour couronné empereur en 919. L'Empire devient ainsi plus nettement germanique. Après la dislocation de la puissance carolingienne, il est à nouveau restauré en 962 au profit du roi Otton Ier de Germanie. Il se reconstitue alors au centre de l'Europe avec les Othoniens et les Saliens. Il restera la principale puissance politique en Europe jusqu'au milieu du XIIIe siècle, date à laquelle il se transforme officiellement en Sacrum Romanum Imperium. On ajoutera «de nation germanique» à partir de 1442"[10]. Cette dislocation de l'empire carolingien n'était pas seulement due au partage de celui-ci entre les héritiers de Charlemagne mais aussi à une fracture entre monde germain et monde latin qui nous plonge au cœur de la problématique de l'unité européenne, surtout quand cette fracture se combine avec les relations difficiles entre les empereurs germaniques et le pape, dans le cadre du conflit entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel.
L'antagonisme germano-latin
Comme la plupart des peuples germains n'ont pas connu l'empire romain, ils n'ont pas été «latinisés» et ont donc vécu une existence séparée du reste de l'Occident. Il y a donc une véritable fracture culturelle entre les civilisations latine et germaine. Elle se manifeste de façon éclatante avec la querelle des investitures qui opposa la papauté et le Saint-Empire romain germanique entre 1075 et 1122. Depuis Othon 1er, les empereurs estimaient que le fait de confier à un évêque des biens matériels leur donnait le droit de le choisir eux-mêmes et de lui accorder l'investiture spirituelle. C'est ce qu'on appelle le césaropapisme. Avec un tel système, on ne pouvait qu'assister à un déclin du clergé auquel le pape Nicolas II veut remédier en imposant la nomination des évêques par les cardinaux; son successeur, Grégoire VII, promulgue un décret interdisant aux laïcs de choisir et d'investir les évêques. A la suite de cette décision, l'empereur Henri IV fait prononcer la déposition du pape par le concile de Worms, ce qui lui vaut en retour d'être excommunié par le souverain pontife. La situation est grave pour Henri IV car les princes de l'empire menacent de le déposer si le conflit avec Rome n'est pas résolu. L'empereur décide d'aller à la rencontre du pape à Canossa où il est en villégiature pour venir s'humilier devant lui à tel point que Grégoire VII lève l'excommunication. Ce qui n'empêche pas Henri IV de faire déposer le pape à nouveau pour installer un antipape, Guibert, l'archevêque de Ravenne. Cette querelle des investitures se termine avec le concordat de Worms en 1122 conclu entre l'empereur Henri V et le pape Calixte II et met fin au césaropapisme. Pourtant, la lutte entre le pontificat et l'empire connut un ultime épisode car l'empereur Philippe II s'oppose aux papes Grégoire IX et Innocent IV, ce dernier réunissant à Lyon, en 1245, un concile au cours duquel il dépose l'empereur. Cet antagonisme germano-latin devait largement déborder le cadre d'un conflit entre l'empereur et le pape pour s'étendre aux princes et à la population au point d'embraser l'Europe, nous voulons parler de la Réforme protestante.
La Réforme protestante, un grand schisme européen
A la fin du XVIème siècle, les fidèles inquiets de leur salut face à une époque marquée par les guerres (Guerre de Cent Ans) et les épidémies (peste noire), la peur de la mort et de l'enfer, voient se développer le commerce des indulgences dont le principe consiste à gagner le paradis sur terre au prix d'un séjour au purgatoire. Au départ, l'indulgence était obtenue en échange d'un acte de piété (pèlerinage, prière, mortification) pour devenir par la suite un commerce lucratif. Le clergé était corrompu à un tel point que l'on voyait des fils de prêtres devenir prêtres ou des évêques vivre comme des seigneurs. On a beaucoup mis en exergue la question des indulgences alors qu'elle n'était que le détonateur d'un mouvement plus profond qui vise à étudier les textes saints directement, sans l'intermédiaire d'une hiérarchie ecclésiastique, grâce à la traduction de la Bible dans les langues vernaculaires et à l'imprimerie qui en permet la diffusion. Un autre élément, politique, celui-là, est constitué par les princes qui ne supportent plus la domination du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel et veulent développer leurs Etats, non seulement au détriment du pape et de l'Eglise, mais également à celui de l'empereur qui, ne l'oublions pas, tient sa légitimité du souverain pontife. Il se pose donc un grave problème d'allégeance des princes protestants à l'Empereur dont ils ne reconnaissent plus la légitimité, mettant en péril l'existence même de l'Empire. C'est à cette situation que se trouve confronté Charles-Quint lorsqu'il devient officiellement empereur du Saint Empire romain germanique en 1517. En réalité, il doit se battre sur trois fronts: contre les princes allemands qui se convertissent au protestantisme, contre Soliman le Magnifique, à la tête de l'empire ottoman, qui veut conquérir l'Europe et contre François 1er, roi de France, qui n'hésite pas à s'acoquiner avec l'empereur ottoman, au grand scandale des cours européennes et à s'allier avec des princes allemands protestants, aveuglé par sa haine des Habsbourg. En 1546, l'empereur choisit l'option militaire et combat les princes luthériens coalisés dans la ligue de Schmalkalden. Bien qu'il les ait vaincus, il doit négocier et c'est ainsi que la Paix d'Augsbourg est signée le 3 octobre 1555; c'est un compromis qui laisse de côté toutes les questions qui fâchent et qui repose sur le principe suivant: cujus regio ejus religio, c'est-à-dire tel prince, telle religion. Et les vassaux qui ne veulent pas adhérer à la religion de leur suzerain ont le droit d'émigrer. C'est incontestablement la décomposition du Saint Empire romain germanique qui est amorcée car cette paix entérine sa fragmentation au profit des princes. Elle n'a pas résolu les problèmes de fond et c'est pourquoi elle prendra fin en 1618 avec la défenestration de Prague qui conduira à la Guerre de Trente Ans et aux Traités de Westphalie.
Du Saint Empire romain germanique à l'Empire germanique
La Guerre de Trente Ans eut des effets dévastateurs pour l'Allemagne qui en sortit ruinée et impliqua la France, qui n'a jamais cessé de combattre les Habsbourg, les Provinces-Unies (Pays-Bas) et la Suède, puissance montante en Europe du Nord. Les traités de Westphalie amputent l'Empire de certains territoires comme la Poméranie occidentale au profit de la Suède et des cantons suisses dont ils reconnaissent l'indépendance ainsi qu'aux Provinces-Unies. La France annexe les Trois-Évêchés (Metz, Toul et Verdun), la Haute-Alsace, Brisach (Allemagne) et Pignerol, ville du Piémont. L'enjeu de ces traités est capital: il s'agit d'assurer une paix [11] durable dont tout le reste de l'Europe dépend et de régler enfin les questions religieuses. C'est pourquoi ils comportent toute une série de dispositions constitutionnelles régissant les relations entre l'Empire et les Etats le composant. L'Empereur ne peut pratiquement rien faire sans l'accord des Etats réunis en diète (assemblée) qui se voient accorder les droits complets de souveraineté. Enfin, en ce qui concerne le volet religieux, les trois confessions catholique, luthérienne et calviniste sont reconnues par les traités. C'est la fin du Saint Empire romain germanique, puisque l'Empereur ne peut plus, depuis la Réforme, administrer son empire à travers l'Eglise et qu'il a perdu sa légitimité papale auprès de ses sujets: c'est la fin de la notion d'empire telle que nous l'avons définie plus haut. Dans les faits, on a désormais affaire à un empire germanique obéissant à des règles purement juridiques, l'unité religieuse étant définitivement rompue. Il n'a plus désormais qu'une existence formelle, ce qui le rend particulièrement vulnérable, fragilisé de l'intérieur par la Prusse et l'Autriche qui tendent à s'en détacher et ne tardent pas à entrer en rivalité, et de l'extérieur par les appétits de conquête de puissances étrangères comme la France dont le roi, Louis XIV, veut agrandir le territoire.
La fragmentation et la fin de l'Empire
L'empereur s'oppose à la politique des réunions de Louis XIV et obtient le concours de la Suède, des Provinces-Unies et de l'Espagne pour former avec succès la Ligue d'Augsbourg, la France étant obligée de restituer tous les territoires qu'elle avait annexés, à l'exception de la Basse-Alsace et de Sarrelouis. Il faut dire que Louis XIV avait commis une énorme erreur stratégique en mettant le Palatinat à feu et à sang, ce qui avait entraîné le ralliement de la plupart des princes allemands à la bannière de l'empereur.
Pourtant, un danger beaucoup plus grand menace l'Empire, c'est la rivalité austro-prussienne qui tourne à l'affrontement: la Prusse remporte les deux guerres de Silésie et en prive définitivement l'Autriche. En revanche, cette dernière gagne la guerre de succession d'Autriche. Frédéric II, roi de Prusse à l'ambition démesurée, cherche à supplanter les Habsbourg. Cette rivalité trouve son paroxysme avec la Guerre de Sept Ans qui oppose également le Royaume de France au Royaume de Grande-Bretagne. Avec le jeu des alliances qui se rapportent à ces deux couples de belligérants, c'est toute l'Europe qui est touchée par ce conflit. Bien que Frédéric II ait failli conduire la Prusse au désastre lors de cette guerre, celle-ci jouit d'un prestige auprès d'un nombre grandissant d'Etats impériaux et conduit les Habsbourg à se recentrer sur l'Autriche qui se retrouve diplomatiquement isolée. Cependant, un nouveau danger menace l'Empire: la Révolution française. En effet, la France envahit la rive gauche du Rhin en 1794 conformément à la doctrine des frontières naturelles comme l'a dit Danton à la tribune de la Convention le 13 janvier 1793: "Les limites de la France sont marquées par la nature, nous les atteindrons des quatre coins de l’horizon, du côté du Rhin, du côté de l’Océan, du côté des Alpes. Là doivent finir les bornes de notre République". Si la Révolution française était au début bien accueillie par la plupart des intellectuels allemands, cette invasion et les annexions de territoires par la France change leur attitude à son égard et exalte en retour le sentiment national qui se répand dans toute la population allemande. Surtout lorsque le Premier Consul, Napoléon Bonaparte, réorganise l'Empire en réduisant les Etats de 330 à 100, supprime les principautés ecclésiastiques, renforçant de cette manière l'influence du protestantisme. Bonaparte, devenu Napoléon 1er, oblige l'empereur François II à abdiquer en 1806. Il crée la Confédération du Rhin composée de 16 Etats. C'en est fini de l'Empire germanique comme l'Empereur des Français l'écrit à Talleyrand: "J'aurai cependant arrangé la partie de l'Allemagne qui m'intéresse : il n'y aura plus de diète à Ratisbonne, puisque Ratisbonne appartiendra à la Bavière ; il n'y aura donc plus d'Empire germanique, et nous nous en tiendrons là". Et si l'épopée napoléonienne s'achève pour l'Allemagne en 1813 après la bataille de Leipzig, elle y laisse des traces profondes, notamment en Prusse, pays qui a connu l'humiliation en voyant les troupes françaises défiler à Berlin après la bataille d'Iéna. Tout ceci génère en Allemagne une francophobie et marque le début d'un antagonisme franco-allemand.
L'antagonisme franco-allemand
Les philosophes allemands définissent la Nation comme l'ensemble des individus ayant en commun la langue, la religion, la culture, l'histoire. En revanche, la définition française de la Nation, repose sur l'universalité, celle de la raison et sur le contrat social entre les citoyens: " En France c'est l'État qui crée la nation, laquelle «produit » à son tour le peuple français, alors qu'à l'époque moderne, dans les pays de tradition impériale, ce sera au contraire le peuple qui créera la nation, celle-ci se dotant à son tour d'un État"[12]. Néanmoins, Napoléon propagea outre-Rhin les idéaux de la Révolution au point de marquer profondément la société allemande: la bourgeoisie libérale réclame des constitutions et des institutions pour le peuple. Ces revendications prennent corps après le Congrès de Vienne en 1815 et la création de la Confédération germanique regroupant 39 Etats, pâle succédané de l'Empire pour des théoriciens du nationalisme allemand comme Johann Gottlieb Fichte qui prennent conscience de la nécessité de créer un état allemand moderne et unifié. Elles débouchent sur les révolutions de mars 1848 dans 38 Etats allemands. Elles avaient été précédées par la révolution qui s'était déroulée en France le mois précédent pour donner naissance à la Deuxième République et donne de ce fait un signal encourageant aux révolutionnaires allemands. Mais ils doivent déchanter: ces révolutions sont réprimées et le modèle français se transforme en repoussoir lorsque Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République, fait son coup d'état le 2 décembre 1851 pour instaurer le Second Empire, ravivant ainsi le souvenir douloureux de Napoléon 1er. En attendant, la Prusse et l'Autriche continuent de s'affronter et cette dernière perd la bataille de Sadowa le 3 juillet 1866. La Confédération germanique est dissoute et remplacée par la Confédération d'Allemagne du Nord totalement dominée par la Prusse. Elle est l'œuvre de Bismarck qui ne compte pas en rester là car il veut fonder un nouvel empire; il se heurte toutefois à une difficulté: les Etats allemands du Sud, notamment la Bavière, sont rétifs à une telle intégration tant les sentiments antiprussiens y sont vifs. Pour Bismarck, il n'y a qu'une seule solution: fédérer tous les Etats allemands face à un ennemi commun, la France. Le Second Empire a, dans un premier temps, suscité des craintes chez les Allemands qui voient bien au bout du compte que Napoléon III n'a pas l'envergure de son oncle, loin s'en faut. Bien au contraire, sa politique étrangère désastreuse donne des idées à Bismarck qui tend un piège à Napoléon III pour l'inciter à déclarer la guerre à la Prusse qui en sort victorieuse tant sa supériorité militaire est écrasante. Et ce n'est pas un hasard si l'empire allemand est fondé le 18 janvier 1871 en proclamant comme empereur Guillaume 1er de Prusse dans la Galerie des Glaces au château de Versailles, le palais de Louis XIV, le roi dont les troupes avaient ravagé le Palatinat. Et là, on touche un point important: le nationalisme allemand se nourrit d'un esprit de revanche et s'oppose au nationalisme français, ce qui n'a plus rien à voir avec le patriotisme [13]. L'Allemagne moderne, pour son malheur, a fait son unité sous la férule d'un Etat militariste et conquérant, farouchement luthérien et anticatholique: Bismarck engage le Kuturkampf (combat pour la culture) contre les catholiques dont il perçoit la loyauté au pape comme une menace pour l'unité du pays, réveillant d'une façon inattendue le vieil antagonisme germano-latin. Cette politique est un échec, puisque le Zentrum, le parti des catholiques allemands, renforce sa position au Reichstag après les élections de 1874, devenant pour Bismarck un partenaire incontournable. Si la guerre franco-prussienne a permis à Bismarck de cimenter l'unification de l'Allemagne, il s'était opposé à l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine, sa politique étrangère ayant toujours consisté à ne s'aliéner aucun pays afin de se ménager le plus grand choix possible pour d'éventuelles alliances. Or, avec cette annexion, il se développe en France une véritable germanophobie nourrie par une volonté de reconquête des territoires perdus, laissant présager à terme un nouveau conflit. L'avènement de Guillaume II va dans ce sens: le nouvel empereur, après avoir évincé Bismarck, concentre tous les pouvoirs et veut faire de son pays une grande puissance pour faire pièce à la France et à la Grande-Bretagne et entre en rivalité avec ces deux pays pour leur disputer des colonies en Afrique. Chose plus inquiétante, Guillaume II se livre à une course aux armements en développant une marine de guerre, menaçant la suprématie maritime du Royaume-Uni. L'Allemagne est donc passée de l'Empire à l'impérialisme avec cette constante: l'esprit de revanche. On connaît la suite et le calamiteux Traité de Versailles qui n'a fait qu'humilier l'Allemagne sans vraiment l'affaiblir et la stupidité en la matière des dirigeants français accrochés à cette antienne: "L'Allemagne paiera"[14]. Les Allemands ont signé l'armistice alors qu'aucune des troupes alliées n'avaient foulé leur sol, si bien qu'ils ne se sont jamais considérés comme vaincus. Pire encore, la France et la Belgique, sous un prétexte futile, envoient, le 11 janvier 1923, des troupes occuper la Ruhr pour obliger l'Allemagne à payer. Or, cette année-là, le pays connaît une hyperinflation de sorte qu'on arrive à une situation telle que le dollar américain vaut 4200 milliards de marks [15]! Si cette inflation avait des causes propres à l'Allemagne, les réparations de guerre exigées par la France n'ont fait qu'accroître la rancœur de la population allemande. C'est cependant la crise de 1929 qui sera déterminante quant à l'arrivée d'Hitler au pouvoir. En effet, après 1918, des hommes d'affaires américains avaient investi en Allemagne, attirés par sa puissance industrielle. Elle est donc le pays d'Europe le plus touché par le krach de Wall Street qui y produit ses effets destructeurs. Tous les historiens sont d'accord sur ce point: la montée du parti nazi est en étroite corrélation avec celle du chômage qui touche plus de dix millions de personnes. Le nazisme reprend tous les thèmes du nationalisme allemand en y ajoutant une notion de race, la race aryenne dont les Germains seraient les plus purs représentants; ce racisme biologique se combine avec la théorie de l'espace vital (Lebensraum) qui préconise une extension territoriale et c'est l'Europe de l'Est qui devient une source de nouvel espace. Cette fois, on sort de l'antagonisme franco-allemand, cette nouvelle forme d'impérialisme touchant toute l'Europe. Et, chose sans précédent dans l'Histoire, cet impérialisme se double d'une volonté d'élimination de peuples considérés comme une race inférieure tels que les Juifs et les Tsiganes tout en ayant soin de le faire à l'abri des regards de la population allemande: les camps d'extermination comme Auschwitz, Chełmno, Belzec, Sobibor et Treblinka étaient situés en Pologne.
Le nazisme, ultime horizon de l'histoire de l'Europe?
Après cette rétrospective à laquelle nous venons de procéder, les douze années terrifiantes du nazisme ne sauraient à priori occulter les siècles précédents qui ont marqué l'histoire européenne. Il ne s'agit évidemment pas de minimiser cette période et encore moins les horreurs qui l'ont marquée mais de la relativiser en l'inscrivant dans le long cours de l'Histoire, ce qui n'est pas du tout la même chose. Intrinsèquement, l'ignominie tapie au fond de l'âme humaine reste la même au cours des siècles, seuls les moyens changent; la cruauté des massacreurs de Vendée ne le cède en rien à celle des bourreaux des camps d'extermination car c'est la France qui a inauguré le premier génocide de l'Histoire. Elle traversa, de 1789 à 1795, six années de folie collective, le peuple participant activement à la Terreur. On peut dire que cette folie était un accident de l'Histoire et que, par conséquent les Français ne sont pas tombés définitivement dans la barbarie; certes, mais alors, pourquoi ne pas le reconnaître également pour les Allemands, alors que dans les deux cas, nous avons affaire à des peuples cultivés? Il persiste en France une profonde méconnaissance du monde germanique [16], malgré les efforts entrepris depuis le Traité franco-allemand que signèrent Charles de Gaulle et Konrad Adenauer le 22 janvier 1963. Les deux chefs d'Etat avaient parfaitement compris que le couple franco-allemand était le moteur de l'Europe et qu'une réconciliation officielle en était le préalable [17]. En attendant, on ne cesse, dans les médias, à tout propos et hors de propos, de se référer à la période nazie, Hitler étant devenu la référence ultime de tous les massacres et autres crimes contre l'humanité dans le monde. Cette référence vire à l'imbécillité, quand dans une discussion ou un débat, se trouvant à court d'argument, on en vient à une comparaison avec les nazis ou Hitler. C'est la loi de Godwin, du nom de son auteur, qui en a énoncé le principe. Tout ceci montre que l'Europe reste figée sur la plus sombre période de son histoire, donc qu'elle est incapable de la dépasser, surtout quand les sionistes, depuis la création d'Israël, ne cessent de vouloir la culpabiliser ad vitam aeternam en instrumentalisant de façon éhontée la Shoah et en procédant à cet effet à des "piqures de rappel" dans les médias: il ne se passe pas un mois sans qu'on évoque d'une façon ou d'une autre la période de la Deuxième Guerre mondiale et la "solution finale". La conséquence en est que l'on a cherché à faire l'union européenne sur le rejet de l'Histoire ("plus jamais ça"), en faisant table rase du passé, comme le firent les colons britanniques d'Amérique du Nord par la Déclaration d'Indépendance du 4 juillet 1776, prélude aux Etats-Unis d'Amérique.
Une construction européenne à l'américaine
Dans un précédent article, nous avions montré que les Américains avaient orchestré la construction européenne. Ils l'ont fait avec d'autant plus de facilité que les Européens ont adhéré à leur doctrine du libre-échange et puis ils se sont dit que les peuples qui commercent entre eux ne peuvent pas se faire la guerre comme l'écrit Montesquieu qui est à ce sujet sur la même ligne qu'Adam Smith, le père du libéralisme économique:
"Le commerce guérit des préjugés destructeurs, et c’est presque une règle générale que, partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce; et que partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces." [...] "L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels"[18]. Si on comprend aisément que la question économique ait pu être prioritaire dans un premier temps pour une Europe dévastée par la guerre, on comprend moins pourquoi aujourd'hui encore, on ne parle de l'Europe qu'en termes d'économie et de finance. Cela s'explique par le fait, que dès le départ, il n'y avait aucun projet politique pour l'Europe. Par conséquent, on a considéré que le Traité de Rome à caractère purement économique et signé par la France, l'Allemagne, l'Italie, et les trois pays du Benelux (Belgique, Luxembourg et Pays-Bas) comme un acte fondateur dont tous les autres traités devaient nécessairement découler et non comme une étape vers l'union européenne. Cette erreur de perspective se trouve mise à nu par la fin des Trente Glorieuses et la mondialisation pour laisser apparaître l'inexistence de l’Europe politique. L'assertion selon laquelle les échanges économiques sont un facteur de paix pour les nations qui s'y livrent n'est valable qu'en période de prospérité mais plus lorsque survient une crise, la belle entente entre les pays se délite et peut conduire à une guerre économique. Car il y a une caractéristique commune à toutes les théories économiques, c'est l'optimisme béat de leurs auteurs qui, à aucun moment, n'y intègrent la notion de crise. On en a une illustration éclatante aujourd'hui avec la Banque centrale européenne qui est dans l'incapacité de venir au secours des pays de l'Union les plus endettés, simplement parce que ce n'est pas prévu dans ses statuts et qu'on n'y a pas pensé lorsque l'euro fut instauré. Les Européens n'ont pas imité les Américains au point de créer comme eux une sorte de réserve fédérale européenne. Ils ont également oublié que le crédo américain du rapprochement des peuples par le libre-échange ne peut s'appliquer que s'ils parlent la même langue et appartiennent à la même culture; ce ne sont qu'à ces deux conditions qu'ont pu se créer les Etats-Unis d'Amérique, cas sans précédent d'un pays entièrement nouveau, donc sans passé, à la différence d'une Europe qui se distingue par sa diversité et dont l'histoire remonte jusqu'à Charlemagne. C'est pourquoi on aurait tort de faire des Etats-Unis le bouc émissaire des tares de l'Union européenne. Par son économisme forcené et exclusif, l'Europe a oublié qu'elle était composée de nations et de cultures différentes.
Une Europe sans nations
Le propre de l'économisme, c'est de faire abstraction de toute considération nationale, culturelle ou sociologique. Aussi a-t-il servi les desseins des pères de l'Europe qui considéraient que les malheurs du Vieux Continent avaient pour cause le nationalisme, produit de la nation dont il fallait s'abstraire en se lançant à corps perdu dans l'économie: la construction européenne s'est faite sur le déni des nations qui va de pair avec le rejet de l'Histoire. Ensuite, on est passé du déni des nations à la dépossession progressive de leur souveraineté. En guise de gouvernement, il y a la Commission européenne composée de 27 commissaires choisis par les 27 pays membres. Depuis le traité de Lisbonne, les directives émises par cette commission doivent être ratifiées par le Parlement européen, seule institution politique de l'Union européenne. Cependant, il ne peut censurer la Commission que sur sa gestion, mais cela n'entraîne aucunement la démission de ses membres. L'Union européenne ne se contente pas d'échapper au contrôle des peuples, elle s'est montrée au fil du temps de plus en plus antidémocratique.
Une Europe antidémocratique
On n'a pas oublié la façon dont a été organisée en 1992 la ratification du Traité de Maastricht: les Danois, dans un premier temps, avaient voté non et comme cela ne plaisait pas aux technocrates de Bruxelles, on fit revoter le Danemark quelques mois plus tard, qui vota "dans le bon sens". On n'a pas oublié non plus à cette occasion le terrorisme intellectuel auquel s'était livré Jacques Delors qui présidait la Commission européenne par cet argument qui peut être résumé ainsi: si vous votez contre le Traité de Maastricht, vous votez contre l'Europe. Les Monnet, Schuman, Spaak et consorts ont bien atteint leur objectif en empêchant d'emblée tout débat sur la construction européenne, conformément à la doctrine américaine. L'impudence de ces messieurs de Bruxelles ne s'est pas arrêtée là avec le Traité constitutionnel de 2005 qui, après avoir été rejeté par les Néerlandais et les Français est devenu le Traité de Lisbonne après, il est vrai, des ambitions revues à la baisse (notamment il n'est plus "constitutionnel") mais gardant l'essentiel du TCE (Traité constitutionnel européen). Après, il ne faut pas s'étonner de voir l'abstention grandir à chaque renouvellement du Parlement européen. Il ne faut pas s'étonner davantage de voir une population de plus en plus irritée par l'arrogance de Bruxelles et de l'immixtion de tel ou tel commissaire européen dans la vie politique d'un des pays membres. Mais le pire, c'est que la Commission européenne est vendue aux lobbys (qui ont d'ailleurs pignon sur rue à Bruxelles) que constituent les multinationales, notamment du côté de l'agro-alimentaire et pharmaceutique. C'est ainsi qu'une directive européenne, émise le 31 mars 2004 et interdisant de fait l'usage des plantes médicinales doit entrer en application le 1er avril 2011 au profit immédiat de "Big Pharma". Voilà où mène l'économisme quand il se combine avec l'ultralibéralisme. Une autre Europe était-elle impossible comme on a voulu nous le faire accroire? Certainement pas. Il ne s'agit évidemment pas de restaurer sous une forme ou sous une autre l'empire carolingien, surtout quand on voit la déchristianisation actuelle des sociétés occidentales mais de recourir à son avatar moderne, le fédéralisme
Le fédéralisme, seule alternative pour l'Europe
Déjà, on constate que tous les grands pays démocratiques ont un système parlementaire bicaméral (deux chambres) sauf exceptions, quand leur petite taille ou leur faible population les en dispense, comme en Suède, à savoir: une représentation du peuple par les députés qui votent les lois et contrôlent le gouvernement et une représentation des collectivités territoriales. On pouvait s'inspirer de la Confédération suisse pour créer des institutions respectant les nations tout en créant une véritable union. En Suisse, le pouvoir législatif est exercé par l’Assemblée fédérale, qui est formée de deux chambres : le Conseil national (200 membres), formé des représentants du peuple, et le Conseil des États (46 membres), le pouvoir exécutif est exercé par le Conseil fédéral, formé de 7 membres (conseillers fédéraux). Pourquoi la Suisse? Parce que c'est le seul pays qui a fait son unité avec quatre langues officielles (allemand, français, italien, romanche), qui résout ses problèmes de société en consultant la population et dont le mode d'organisation politique est l'héritage moderne et démocratique du Saint Empire romain germanique auquel les cantons suisses ont appartenu.
Un rendez-vous manqué avec l'Histoire
Il y a eu une période durant laquelle il était possible de construire un autre Europe, c'était celle qui allait de 1963 (année de la signature du Traité franco-allemand) à 1981 (avant la présidence de Ronald Reagan, le champion de l'ultralibéralisme qui a contaminé l'économie mondiale). Puisque les deux conflits mondiaux résultaient principalement d'une incompréhension entre les peuples français et allemand, on pouvait commencer par se plonger dans l'Histoire comme nous l'avons esquissé et par conséquent mettre la culture au cœur de l'unification de l'Europe, tant il est vrai que la haine, génératrice de conflits, est un des fruits vénéneux de l'ignorance. L'Europe a des racines culturelles profondes et sa civilisation est chrétienne. Il y avait une possibilité de mettre en exergue tout le riche patrimoine culturel de l'Europe, nos racines car si on ne sait plus d'où on vient, comment savoir où on va? Seule une telle démarche, tout en reconnaissant la diversité de l'Europe, était susceptible de mettre en évidence ce que les nations qui la composent ont en commun. On a fait l'inverse en faisant comme si les nations ne devaient plus exister, oubliant au passage que les institutions européennes leur doit leur existence, tandis que la culture a été traitée à la marge quand elle n'a pas été reléguée au rang de gadget. Non seulement tout a reposé sur l'économie mais l'Union européenne s'est lancée à corps perdu dans le libre-échange. Et de 2004 à 2007, elle est passée à 27 pays membres, essentiellement de l'Europe de l'Est, en se montrant beaucoup moins exigeante sur les critères d'adhésion que lors des élargissements précédents avec pour conséquence des délocalisations massives en raison de la faiblesse des revenus et des systèmes sociaux des anciens Pays de l'Est. Avec l'euro, on a péché par monétarisme, en s'imaginant que la monnaie unique allait entraîner la convergence des économies alors que cette dernière était au contraire un préalable à sa création. Enfin, il y a une contradiction flagrante entre une gestion rigide de l'euro et un libre-échange incontrôlé, tout cela laissant présager un effondrement de l'Union européenne surtout quand celle-ci, pour fonctionner, devient d'année en année toujours plus complexe au point de consommer, comme l'ont estimé les Allemands et les Britanniques en 2009, 4,5% du PIB.
Au bout du compte, ce que l'on nomme Union européenne n'est plus qu'une métastase de 27 pays dont le seul point commun est de se situer sur le même continent, une Europe du néant.
[1] L'expression est de Victor Hugo, à l'occasion du discours qu'il prononça lors du congrès de la paix le 21 août 1849.
[2] Raoul Marc Jennar, Europe, la trahison des élites, 2004, Fayard.
[3] Ibid.
[4] Alain de Benoist, l'idée d'empire, source : http://www.alaindebenoist.com/pdf/l_idee_d_empire.pdf
[5] Ibid.
[6] Ibid.
[7] Ibid.
[8] Source: Wikipedia, rubrique Renaissance carolingienne.
[9] Voilà qui met par terre une propagande islamiste qui essaie de nous faire croire que ce sont les Abbassides qui ont permis à l'Occident de redécouvrir la culture antique.
[10] Alain de Benoist, opus cit.
[11] Les historiens allemands préfèrent l'expression "Paix de Westphalie" à celle de "Traités de Westphalie".
[12] Alain de Benoist, opus cit.
[13] "Le patriotisme, c'est aimer son pays. Le nationalisme, c'est détester celui des autres". Charles de Gaulle
[14] "Le Boche doit payer". Georges Clémenceau
[15] Cette période est restée fortement gravée dans la mémoire des Allemands et explique la politique de rigueur monétaire qu'ils ont menée depuis 1949, date de la création de l'Allemagne fédérale, rigueur qu'ils ont imposée à l'Union européenne lors de la création de l'euro.
[16] Combien de Français, en dehors des populations frontalières, ont la curiosité de visiter l'Allemagne pendant leurs vacances? Assurément, pas beaucoup.
[17] Dans la conclusion de son ouvrage sur le Rhin paru en 1842, Victor Hugo affirmait déjà que la France et l'Allemagne étaient essentielles à l'Europe: « Il faut, dit-il, pour que l'univers soit en équilibre, qu'il y ait en Europe, comme une double clef de voûte, deux grands États. L'un septentrional et oriental, l'Allemagne, s'appuyant à la Baltique, à l'Adriatique et à la mer Noire, avec la Suède, le Danemark, la Grèce et les principautés du Danube pour arcs-boutants, l'autre méridional et occidental, la France, s'appuyant à la Méditerranée et à l'océan avec l'Italie et l'Espagne en contrefort. L'union de l'Allemagne et de la France serait le salut de l'Europe, la paix du monde. »
[18] Montesquieu, De l’Esprit des lois, II, ch1 et ch2.
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29/04/2010
Etats-Unis: les aventuriers de l'empire perdu

"Parce qu'elle n'a plus la force de contrôler les acteurs économiques et stratégiques majeurs que sont l'Europe et la Russie, le Japon et la Chine, l'Amérique perdra cette dernière partie pour la maîtrise du monde. Elle redeviendra une grande puissance parmi d'autres".[1] Ces propos d'Emmanuel Todd ne font que conforter ceux que nous avons tenus dans notre article Le déclin de l'empire américain, mettant en évidence la perte de suprématie économique des Etats-Unis d'Amérique. Partant de cette constatation, nous allons aborder le volet politique de ce déclin et comment les dirigeants américains tentent de faire face à ce dernier. En effet, lors de la période des Trente Glorieuses (en fait, 1945-73), les Etats-Unis n'avaient pas assuré leur hégémonie par le seul fait de leur puissance économique mais aussi en utilisant des méthodes allant des moyens de pression, en passant par l'intimidation, la peur du communisme, la manipulation et les coups tordus. Il y a donc une gradation variable dans ces méthodes, selon que les pays approuvent docilement leur diktat ou non. Mais à cause de la perte de leur suprématie économique, et depuis les attentats du 11 septembre 2001, l'intervention militaire en Afghanistan et la troisième Guerre du Golfe, l'admiration, voire la fascination qu'a pu susciter l'Amérique cède de plus en plus la place à l'image d'une nation dont l'arrogance de ses dirigeants n'est que le symptôme criant de son déclin, se refusant à ne devenir qu'une grande puissance parmi d'autres, comme c'est le cas pour la Russie actuellement. Si bien qu'on assiste depuis 2001 à une fuite en avant qui se caractérise par un recours croissant de la part de Washington à ces méthodes fort peu glorieuses, côté obscur de l'empire américain. On pourrait croire que celles-ci ont toujours été réservées à d'autres pays que ceux de l'Europe mais nous allons voir qu'il n'en est rien.
La construction européenne, pain béni pour les Américains
Parce qu'ils avaient contribué à débarrasser l'Europe du nazisme, les Américains firent figure de libérateurs et incarnèrent la victoire de la démocratie sur le fascisme. Mais certains s'inquiétèrent de cette nouvelle hégémonie et appelèrent de tous leurs vœux la réalisation d'une union européenne pour y faire face. Il fallait être naïf pour croire que la construction européenne embarrasserait les Etats-Unis en constituant une sorte de contrepoids économique à leur toute-puissance. Ceux-ci y avaient au contraire tout intérêt car elle leur apparut comme un prolongement bénéfique du plan Marshall en favorisant la diffusion de leurs produits à travers ce nouvel espace économique qu'ils avaient contribué à créer, et l'implantation de filiales de leurs plus grandes entreprises, lesquelles rachetèrent des sociétés européennes. Cette situation inspira à Jean-Jacques Servan-Schreiber son célèbre ouvrage, Le défi américain, paru en 1967 et dans lequel il essayait de proposer des solutions face à cette colonisation économique rampante que subissait l'Europe. Il était loin de se douter que cette construction européenne avait été orchestrée dès le début par les Etats-Unis comme on en a la preuve irréfutable depuis que le département d'Etat à la Défense a déclassé des archives sous la présidence de Bill Clinton en juillet 2000 et couvrant les trois décennies 1940, 1950 et 1960. Auparavant, il faut se plonger dans l'histoire américaine pour voir que la méthode de construction européenne a été élaborée aux Etats-Unis en 1812 et finalisée en 1854. En 1812, après avoir vainement tenté d'annexer par la force les provinces du Canada restées fidèles à la couronne britannique, les jeunes Etats-Unis changèrent de politique et leur président, Andrew Jackson déclara: "Nous allons nous prévaloir de notre droit au libre-échange […] afin d'égaler les exploits de Rome"[2]. Mais par la suite, toutes les tentatives de rapprochement avec les provinces canadiennes restèrent infructueuses jusqu'en 1854, année durant laquelle les Etats-Unis envoyèrent un espion dans la province du Nouveau-Brunswick dont voici le rapport : "J'ai évité tout débat en finançant la presse et les relais d'opinion, j'ai réussi à tranquilliser l'opinion publique et à éviter tout débat sur la proposition de traité de libre-échange avec les Etats-Unis. J'ai dépensé plus de 100000 dollars pour convaincre d'éminentes personnalités d'appuyer l'annexion du Canada par les Etats-Unis ou sinon le libre-échange avec les Etats-Unis mais cette somme n'est rien en comparaison des privilèges qui vont être obtenus de façon permanente et du pouvoir et de l'influence que cela donnera à jamais à notre confédération"[3]. Donc, la stratégie apparaît clairement: on essaie d'annexer un pays étranger soit directement par un traité ad hoc, soit si l'opinion publique est réticente, on propose un traité de libre-échange qui doit être introduit subrepticement en corrompant l'ensemble des corps intermédiaires, des relais d'information et des relais politiques afin d'éviter tout débat sur ce projet.
En 1888, le sénateur John Sherman fit cette déclaration: "L'alliance avec le Canada ne se fera pas en adoptant des lois hostiles mais plutôt en lui faisant des propositions amicales ; cette union est inévitable".
On ne peut manquer de faire un rapprochement avec cet extrait des archives déclassées par l'administration Clinton : "Les dirigeants du mouvement européen Retinger, le visionnaire Schuman, et l'ancien premier ministre belge Paul-Henri Spaak, étaient tous traités comme des employés par leurs parrains américains. Le rôle des Etats-Unis fut camouflé comme pour une opération secrète, l'argent provenant des fondations Ford et Rockefeller ainsi que de milieux d'affaires ayant des liens étroits avec le gouvernement américain, le Département d'Etat jouait aussi son rôle. Une note émanant de la direction Europe du ministère des affaires étrangères du 11 juin 1965 conseille au vice-président de la CEE Robert Marjolin de poursuivre de façon subreptice l'objectif d'une union monétaire. Cette note recommande d'empêcher tout débat au moment où l'adoption de telles propositions deviendrait inévitable"[4]. Et voici ce que disait Robert Schuman lorsque fut créée la CECA (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier) en 1950: "L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble, elle se fera par des réalisations concrètes, créant d'abord une solidarité de fait. La mise en commun des productions du charbon et de l'acier assurera l'établissement de bases communes de développement économique, première étape de la fédération européenne". Enfin, remplaçons notre espion de 1854 par la CIA et le tableau sera complet: les "parrains américains" de Schuman et Spaak n'étaient autres que des membres de la célèbre agence qui les stipendiaient. Quant à Jean Monnet, l'un des pères de l'Europe, il passa toute la seconde guerre mondiale aux Etats-Unis qu'il connaissait bien pour y avoir travaillé pendant les années 1920 ; il avait refusé de rejoindre la France libre après l'appel du général de Gaulle, s'en remettant entièrement aux Américains et aux Britanniques pour mettre fin à la guerre contre les Allemands. Les Américains avaient par conséquent toutes les cartes en main et leur opération a parfaitement réussi: il ne faut pas chercher plus loin les raisons pour lesquelles il n'y a pas de véritable débat sur l'Europe, pourquoi le TCE (traité constitutionnel européen), pourtant rejeté en 2005 par les Néerlandais et les Français, est réapparu, à peine modifié, sous la forme du Traité de Lisbonne et ratifié à la sauvette par le parlement français, faisant fi de la volonté populaire. Pourtant, ce n'est pas tout: les Etats-Unis ont poussé à l'élargissement de l'Europe et font pression pour y faire entrer la Turquie, de telle sorte que l'UE (union européenne) devienne un système autobloquant car il est impossible de parler d'une seule voix avec 27 pays membres dont les intérêts sont par trop divergents. Comme l'avait constaté Charles de Gaulle, l'Europe supranationale, c'est une Europe dirigée par les Américains. Il faut reconnaître que les Européens, incapables de se défendre, étaient bien contents de bénéficier du bouclier américain face au menaçant bloc soviétique. Les Etats-Unis en jouèrent abondamment pour gagner l'assentiment des chancelleries européennes, lui évitant de recourir à des méthodes crapuleuses, ce qui ne fut pas le cas au Moyen-Orient et en Amérique latine.
Coups tordus au Moyen-Orient et en Amérique latine
Mohammad Mossadegh, suite à la victoire de son parti, le Front national, est devenu premier ministre de l'Iran le 29 avril1951; il soupçonne l'Anglo-Iranian Oil Company (AIOC) de ne pas verser les royalties au gouvernement et demande un audit des comptes de l'AIOC qui refuse, si bien que Mossadegh procède à sa nationalisation et en réaction, la compagnie pétrolière préfère interrompre ses activités plutôt que de céder au gouvernement iranien. Mossadegh doit en plus faire face à un blocus international empêchant toute exportation de pétrole, tout ceci pour le forcer à la privatisation. Mais pour les Britanniques et les Américains, cela ne suffit pas: il faut se débarrasser de ce gêneur nationaliste pour donner tous les pouvoirs au roi d'Iran, Mohammad Reza Chah Pahlavi. C'est pourquoi ils montent l'opération Ajax conduite par la CIA. Les Britanniques soudoient des députés appartenant au Front national pour voter contre les intérêts de leur propre parti. Apprenant cela, Mossadegh organise le 3 août 1953 un référendum pour dissoudre le Parlement, ce que le peuple approuve à une large majorité. A la suite d'une situation particulièrement confuse marquée par des émeutes amplifiées par de faux militants du parti Toudeh (parti communiste iranien) payés par la CIA et la fuite du Chah à l'étranger, le 18 août 1953, le général Zahedi devient premier ministre et fait arrêter Mossadegh et ses partisans. Le Chah revient en Iran quelques jours après pour concentrer tous les pouvoirs et exercer une véritable dictature sur son pays. L'opération Ajax permit aux Américains d'avoir leur part de la manne pétrolière iranienne, jusque-là chasse gardée des Britanniques.
Les Etats-Unis venaient d'inaugurer une nouvelle méthode en utilisant ses services secrets pour fomenter un coup d'état. Avec le parti Toudeh, ils ont brandi l'épouvantail communiste avec d'autant plus d'efficacité que l'Iran avait plus de 2000 km de frontière commune avec l'URSS.
Le communisme faisait réellement peur aux Américains au point de virer à la psychose collective durant la période 1950-1954 restée dans l'Histoire sous le nom de maccarthisme. De sorte que tout gouvernement d'Amérique latine qui voulait faire une politique sociale était vu à Washington comme un danger communiste, surtout si cela remettait en cause les intérêts des grandes sociétés américaines. C'est ainsi qu'en juin 1954, le président du Guatemala, Jacobo Arbenz Guzman, procède à une réforme agraire qui consiste à redistribuer aux paysans démunis des terres en friches possédées par la United Fruit Company moyennant une indemnisation que la société américaine trouve insuffisante et qui s'en plaint auprès du gouvernement américain, lequel envoie, par l'intermédiaire de John Foster Dulles, chef du Département d'Etat (ministère de affaires étrangères) une note de protestation dans ce sens au gouvernement guatémaltèque qui reste inflexible. Malheureusement pour Guzman, le frère de Dulles, Allen, est le directeur de la CIA et siège au conseil d'administration de United Fruit; une réunion a lieu avec les deux frères Dulles et le président Eisenhower pour monter une opération appelée PBSUCCESS qui a pour but de renverser le président du Guatemala afin de porter au pouvoir une junte militaire, ce qui arrive le 18 juin 1954. Les Américains n'hésitèrent donc pas à plonger pour longtemps un pays dans une violence sociale et politique, tout cela pour de vulgaires et misérables intérêts mercantiles. Noam Chomsky dit, à propos de cette intervention américaine dans une conférence donnée en 1985: "[...] nous nous sommes arrangés pour interrompre, en 1954, une expérience démocratique. Il s'agissait pourtant d'un régime réformiste, capitaliste et démocratique, du type new deal, que notre intervention a permis d'éliminer, laissant à sa place un véritable enfer sur terre, probablement le régime de la période contemporaine le plus proche de l'Allemagne nazie".
A Washington, la peur de voir le communisme gagner l'Amérique latine ne fit que s'accroître après la révolution castriste en 1959 et la tentative soviétique d'installer des missiles à Cuba en 1961, de sorte que la CIA resta particulièrement active en Amérique latine et contribua à la chute en 1973 de Salvador Allende au Chili.
Les Etats-Unis, parce qu'ils incarnaient la défense du monde libre face au communisme, pouvaient se permettre ce genre d'action subversive avec l'approbation tacite du camp occidental, bien qu'il fût en contradiction totale avec les principes démocratiques que cette nation était censée incarner. Mais tout changea le 9 novembre 1989 avec la chute du mur de Berlin.
La chute du mur de Berlin, symbole de l'effondrement du bloc soviétique
C'est au départ la période néostalinienne (1964-1982) avec Leonid Brejnev qui avait succédé à Nikita Kroutchev à la tête de L'URSS qui fut fatale à ce pays en l'isolant de la grande marche du monde et principalement des évolutions technologiques majeures comme l'informatique. La rigidité propre à la planification de l'économie fit que l'URSS fut dépassée dans ce domaine par le Japon et l'Allemagne. Comme si tout cela n'était pas suffisant, il y eut des affaires de corruption qui gangrenèrent le régime soviétique jusqu'au proche entourage de Brejnev. Son successeur, Youri Andropov, provoqua la crise des euromissiles en déployant des missiles de type SS20 braqués sur l'Europe occidentale et rendant inefficace le bouclier américain. Mais les Américains et leurs alliés déployèrent à l'Ouest les Pershing II pour faire face aux SS20 et des missiles de croisière. La politique agressive d'Andropov est un échec et quinze mois seulement après son arrivée au pouvoir, il meurt, officiellement d'une maladie rénale qui l'avait progressivement affaibli durant son magistère [5]. Son successeur, le valétudinaire Konstantin Tchernenko, un fidèle de Brejnev, après treize mois à la tête de l'Union soviétique meurt le 10 mars 1985 pour être remplacé par Mikhaïl Gorbatchev qui trouve son pays économiquement exsangue, situation aggravée par une course effrénée aux armements dans laquelle les Américains, sous la présidence de Ronald Reagan, l'avait entraîné. Gorbatchev met fin à la stratégie d'affrontement avec l'Occident, propose un nouveau traité de désarmement et instaure en URSS la glasnost (transparence) et la perestroïka (restructuration). Il tente de réformer le système soviétique en profondeur et en l'assouplissant. Seulement, il avait oublié une chose: par définition, un système totalitaire ne peut être libéralisé, si bien que, pensant sauver le régime soviétique, il en fut le syndic de faillite bien malgré lui. C'est alors qu'un vent de liberté commença à souffler dans les pays satellites d'Europe de l'Est, comme ce fut le cas avec la Hongrie qui démantela le rideau de fer le 2 mai 1989 sur sa frontière avec l'Autriche. Mais l'évènement majeur cette année-là fut sans conteste la chute du mur de Berlin, ville où avait commencé la Guerre froide avec le blocus de 1948 et qui se termina le 9 novembre 1989 à la grande surprise des chancelleries occidentales qui n'avaient rien vu venir et pour cause: Suite à une annonce du gouvernement de la RDA (Allemagne de l'Est) autorisant toute personne à se rendre à l'étranger, plusieurs milliers de Berlinois se dirigèrent vers le mur et le franchirent, les policiers est-allemands les laissant passer sous la pression de la foule qui entama la destruction du "mur de la honte". Pour Ronald Reagan, qui terminait son deuxième mandat comme président des Etats-Unis, ce fut l'apothéose: l'ours soviétique était abattu, l'échec du communisme était consommé face au système démocratique et libéral dont il s'était fait le champion. Pourtant, un des collaborateurs de Gorbatchev eut cette phrase prémonitoire en disant à ce dernier: "Nous venons de jouer un sale tour aux Américains: nous les avons privés d'ennemi".
D'un monde bipolaire à un monde multipolaire
Les conséquences de la glasnost et de la perestroïka ne se limitèrent pas à l'Europe de l'Est: au cours de l'automne 1991, les républiques qui formaient l'Union soviétique proclamèrent tour à tour leur indépendance, si bien que l'URSS fut dissoute et la CEI (communauté des états indépendants) fut créée par le traité de Minsk, le 8 décembre 1991. Boris Eltsine succéda à Gorbatchev pour devenir le premier président de la Russie postsoviétique le 21 décembre 1991. Il fit brutalement basculer son pays dans l'économie de marché et procéda à des privatisations massives, faisant passer des pans entiers de l'économie entre des mains occidentales, ce qui permit aux compagnies américaines d'accéder au pétrole russe. La situation chaotique des années Eltsine entraîna pour la Russie, totalement absorbée par ses problèmes intérieurs, un retrait momentané de la scène diplomatique internationale et un désengagement vis-à-vis des pays qu'elle soutenait, comme Cuba, l'Egypte et l'Irak, au profit des Etats-Unis, surtout après la deuxième Guerre du Golfe (1990-1991). Le 31 décembre 1999, Eltsine démissionne et c'est Vladimir Poutine qui assure l'intérim pour être élu au premier tour président de la Fédération de Russie le 26 mars 2000 avec 52,2% des suffrages et pour être réélu en mars 2004 avec une majorité de 72,2 %. Poutine a procédé à une véritable remise en ordre de son pays, restauré l'autorité de l'Etat, restructuré l'économie et a permis à la Russie de retrouver sa place dans le concert des nations. Les Américains n'en furent pas ravis, et c'est pourquoi ils inaugurèrent une nouvelle stratégie, celle des "révolutions de couleur" qui désignent une série de mouvements qui se sont développés dans les pays postcommunistes d'Europe centrale et orientale, et d'Asie centrale. Après la dissolution de l'URSS et la création de la CEI, les anciennes républiques soviétiques étaient toujours gouvernées par les mêmes potentats dont l'autoritarisme était de moins en moins supporté par les populations. Il se développa donc des mouvements non-violents qui adoptèrent une fleur ou une couleur comme symbole et réclamèrent la démocratie et une plus grande indépendance vis-à-vis de Moscou. Ces révolutions sont conduites par des organisations non gouvernementales et des étudiants; elles suivent toujours le même scénario: on conteste le résultat des élections en organisant de grandes manifestations jusqu'à contraindre le dirigeant honni à partir. Ce scénario a parfaitement fonctionné en Géorgie en 2003 avec la révolution des Roses qui chassa du pouvoir Edouard Chevardnadze, l'ancien ministre des affaires étrangères de Gorbatchev, au profit de Mikheil Saakachvili, élu président en 2004. Ce fut également un succès en Ukraine (révolution Orange de 2004) avec l'élection de Viktor Iouchtchenko. L'une des caractéristiques de ces dirigeants issus de ces révolutions de couleur est d'être pro-occidentaux donc favorables aux Etats-Unis qui ne se privèrent pas de financer ces mouvements à travers des fondations comme l'Open Society de George Soros ou des organisations (certaines financées par le gouvernement américain) assurant une formation et des cours de stratégie aux révolutionnaires en herbe. Pour les Américains, l'objectif est double: d'une part, isoler diplomatiquement et militairement la Russie, d'autre part accéder plus facilement au pétrole de la mer Caspienne par la mise en place d'un oléoduc passant par la Géorgie pour contourner la Russie. L'administration Bush maintient contre vents et marées une vision antagoniste avec la Russie qui, pourtant, s'est débarrassée de son impérialisme et ne désire rien d'autre que reprendre ses marques sur son propre continent. Le monde bipolaire a vécu, la vision des stratèges américains est bouleversée, surtout au Moyen-Orient où les Etats-Unis étaient confrontés aux pays qui leur étaient favorables (Israël, Turquie, Arabie) et ceux soutenus par l'Union soviétique (Egypte, Syrie et Irak). Il leur fallait donc trouver un "méchant" contre qui se battre, et ce fut le terrorisme islamiste qui trouva son apothéose avec les attentats du 11 septembre 2001.
Les attentats du 11 septembre 2001: quand le complot n'est plus une théorie
Il n'est pas inutile de rappeler que les tours jumelles firent l'objet d'un attentat le 26 février 1993 par une cellule terroriste islamiste avec une camionnette garée dans un parking souterrain de la tour nord et bourrée d'explosifs, faisant 6 morts et 1042 blessés. Cet attentat était à la portée d'un petit groupe et analogue dans son mode opératoire à ceux qui s'étaient déjà produits au Moyen-Orient. Ses auteurs furent arrêtés et son origine islamiste ne fit aucun doute. Les autorités américaines en tirèrent argument pour l'origine des attentats de 2001. Et à ce propos, circule sur internet l'idée que le Mossad, le service secret israélien, serait derrière ces attentats. Ceux qui avancent cette hypothèse farfelue feraient bien de lire le livre de Gordon Thomas, Histoire secrète du Mossad pour se rendre compte que ce service secret concentre ses activités sur le renseignement et les assassinats ciblés. Et pour quel motif le Mossad l'aurait-il fait et contre un pays qui est le plus fidèle allié d'Israël? De toute façon, il est impossible pour un service secret quel qu'il soit de monter dans un pays étranger des attentats d'une telle ampleur. Ce genre de théorie dessert tous ceux qui comme nous contestent la version officielle des attentats du 11 septembre et dont les partisans ont beau jeu de crier à la théorie du complot. Alors qu'il suffit d'examiner tous les faits qui nous sont connus pour, à la manière d'un magistrat, instruire le dossier des attentats du 11 septembre et y trouver, à défaut de preuves, un faisceau de présomptions accablant pour les autorités américaines, de sorte que ce crime abominable ne peut être que le fruit d'un complot interne. Comment est-ce possible? Comment un gouvernement démocratique peut-il sacrifier la vie de 2993 de ses concitoyens pour servir ses desseins politiques? Pour essayer de répondre à ces questions, il nous faut remonter dans le temps, le 17 janvier 1961 très précisément; ce jour-là, le président américain, Dwight David Eisenhower, prononça un discours d'adieu, trois jours avant de céder le pouvoir à son successeur, John Fitzgerald Kennedy et dans lequel il tint ces propos surprenants: "Cette conjonction d'une immense institution militaire et d'une grande industrie de l'armement est nouvelle dans l'expérience américaine. Son influence totale, économique, politique, spirituelle même, est ressentie dans chaque ville, dans chaque Parlement d'Etat, dans chaque bureau du Gouvernement fédéral. Nous reconnaissons le besoin impératif de ce développement. Mais nous ne devons pas manquer de comprendre ses graves implications. Notre labeur, nos ressources, nos gagne-pain… tous sont impliqués ; ainsi en va-t-il de la structure même de notre société. Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu'elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d'une désastreuse ascension d'un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l'énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble".
Les craintes d'Eisenhower étaient justifiées car un groupe d'officiers jusqu'au-boutistes, sous la direction du Général Lyman L. Lemnitzer (chef d'état-major interarmes), conçut en 1962 un projet d'opération militaire sous un faux drapeau (false flag), l'opération Northwoods. Ce projet prévoyait entre autres, l'attaque de la base de Guantanamo par des soldats revêtus d'uniformes cubains, une campagne d'attentats terroristes contre la communauté cubaine à Miami pour les attribuer au régime castriste, et, ce qui nous intéresse ici, un faux attentat aérien: il était prévu d'embarquer des étudiants en vacances dans un avion d'une compagnie charter appartenant en fait à la CIA à destination de Cuba et à mi-parcours, on faisait descendre cet avion à basse altitude pour échapper aux radars et on lui substituait un drone (avion sans pilote). Les étudiants atterrissaient sur un aéroport discret tandis que la destruction du drone s'effectuait par télécommande, non sans avoir au préalable diffusé par radio un faux message de détresse faisant état d'une attaque de chasseurs cubains. L'opération Northwoods avait pour but de justifier une guerre contre Cuba auprès de l'opinion publique américaine et internationale. Ce projet fut rejeté par le président Kennedy, le général Lemnitzer limogé et Allen Dulles perdit son poste de directeur de la CIA.
Il s'agissait bien là d'un complot, non d'un fantasme "conspirationniste". Mais l'idée de faire ce genre de coup tordu ne s'arrêta pas avec le rejet de l'opération Northwoods. On la retrouve, d'une manière dissimulée, dans un rapport publié en 2000 par un think tank (cercle de réflexion) néoconservateur, Project for the New American Century (Projet pour le Nouveau Siècle Américain, PNAC). Cet ouvrage, Reconstruire les défenses de l'Amérique (Rebuilding America's defenses) préconise une suprématie militaire des Etats-Unis dans le monde. Ses auteurs considèrent que ce qui est bon pour l'Amérique l'est également pour le reste du monde, l'objectif du PNAC, comme son intitulé l'indique, n'étant rien d'autre que de maintenir au XXIe siècle cette suprématie des Etats-Unis acquise en 1945. Cette conception exprime bien une réalité qui s'est confirmée depuis: Les Etats-Unis veulent d'autant plus exercer une suprématie militaire sur le monde qu'ils n'en ont plus les moyens économiques, ultime aveu d'impuissance face à une planète devenue trop vaste et trop complexe pour leur pensée trop manichéenne. Le PNAC est un think tank néoconservateur dont l'intérêt serait limité s'il ne comprenait pas parmi ses membres Dick Cheney, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz qui furent respectivement vice-président, secrétaire d'Etat à la Défense et secrétaire adjoint à la Défense sous la présidence de Georges W. Bush. Mais revenons au rapport du PNAC pour y trouver cette phrase: " De plus, le processus de transformation, même s'il apporte un changement révolutionnaire, sera probablement long en l'absence d'un événement catastrophique et catalyseur - comme un nouveau Pearl Harbour". Tout cela rend de plus en plus vraisemblable la thèse du complot interne (inside job) pour les attentats du 11 septembre. D'abord, comment se fait-il qu'on n'ait pas trouvé les coupables de ces attentats? Pourquoi George W. Bush s'est-il fait tirer l'oreille pour créer une commission d'enquête sur les attentats du 9/11 pour ensuite y témoigner en refusant de prêter serment? Il serait fastidieux d'énumérer tous les éléments de cette affaire, aussi nous bornerons-nous à n'en évoquer que les principaux:
– La tour 7 fut détruite alors qu'aucun avion ne l'avait percutée et la commission d'enquête sur les attentats du 9/11 l'a complètement ignorée! Quand on sait que ce bâtiment abritait un bureau de la CIA, du département de la Défense, et de la SEC (Securities and Exchange Commission) où se trouvaient les archives comme les fraudes concernant Enron et de WorldCom, on se dit que cela ressemble fort à de la destruction de preuves.
– Les tours jumelles et la tour 7 s'écroulent pratiquement à la vitesse de la pesanteur et ce résultat ne peut être obtenu que par une démolition contrôlée comme l'ont montré des analyses des poussières révélant la présence de nanothermite, explosif détenu seulement par les militaires. L'incendie provoqué par les avions n'ont pas pu les détruire: le 13 février 1975, un incendie se déclara au onzième étage de la tour Nord et se propagea aux étages supérieurs où le feu fut toutefois vite maîtrisé, l'incendie principal ayant été éteint après plusieurs heures et la structure de la tour ne fut aucunement endommagée. Et on veut nous faire croire que la tour Sud qui fut percutée par le deuxième avion à 9h03 a pu s'effondrer 56 minutes plus tard du seul fait de l'incendie consécutif à la collision? Les autorités américaines ont voulu réinventer les lois les plus élémentaires de la physique, en dépit de nombreux témoignages faisant état d'explosions à l'intérieur des tours et comme le montrent les vidéos tournées par les grandes chaînes américaines si on prend la peine d'en grossir les images. Elles montrent également le deuxième avion juste avant l'impact avec la tour Sud, et on y observe un renflement sous le fuselage, à la racine de l'aile, chose qu'on ne trouve pas sur un avion civil mais sur un avion militaire. Un témoin, interrogé par une des chaînes américaines, dit qu'il pensait que c'était un avion cargo parce qu'il ne comportait pas de hublots.[6] On n'a jamais retrouvé les boîtes noires de ces avions pour la simple raison qu'ils n'en avaient pas et que c'étaient probablement des drones.
– Les enregistrements des communications entre les contrôleurs aériens et les avions concernant la journée du 11 septembre ont été systématiquement détruits.
– Les autorités se sont empressées d'expédier en Asie les carcasses métalliques des tours jumelles, avant que la police scientifique n'ait pu opérer. En plus de la nanothermite, on y aurait sûrement trouvé du C-4 que certains experts rendent responsable du métal fondu que l'on a découvert dans les fondations des tours jumelles. Surprenant quand on sait les Américains très pointilleux sur la procédure judiciaire et que cela concerne la plus grande scène de crime du monde.
– Aucune trace d'un Boeing 757 ayant frappé le Pentagone dont la pelouse était restée intacte.
– A Shanksville, (Pennsylvanie), le lieu où le prétendu vol 93 était censé s'écraser, le coroner (médecin légiste) ne trouva aucun corps et constata que le trou créé par l'impact ne mesurait environ que six mètres sur trois et dit que c'est comme si on avait jeté de la ferraille du ciel.
– Quant aux communications téléphoniques qui auraient eu lieu entre des passagers du vol 93 et leurs proches, on sait que c'était techniquement impossible, les téléphones portables ne passant pas à 10000 mètres d'altitude.
Pour plus de détails et de faits accablants pour les autorités américaines, il faut se reporter à l'article de Robert Bridge paru sur le site Russia Today et dont on peut lire une traduction en français ici.
En fait, la vraie théorie du complot est celle fournie par l'administration Bush, le terrorisme islamique international avec à sa tête, un Saoudien promu nouveau Fantômas, Oussama ben Laden, dont on sait maintenant qu'il trouva la mort le 13 décembre 2001 au cours d'un accrochage en Afghanistan avec des soldats américains. Malgré cela, l'administration Bush a laissé croire qu'il était encore vivant, en produisant une vidéo grossièrement fabriquée [7] qui n'a trompé personne et en faisant diffuser en novembre 2002 un enregistrement sonore sur Al-Jazeera, la chaîne de télévision arabe du Qatar. La CIA l'a authentifiée et a été ridiculisée quand, en Suisse, les plus grands experts au monde en matière d'identification de la voix ont annoncé que "le message avait été enregistré par un imposteur".[8] Enfin, pour en finir avec ben Laden, rappelons que le FBI ne l'a jamais recherché pour les attentats du 11 septembre.
Pour nous, il n'y a aucun doute, c'est l'administration Bush qui a fait le coup.[9] L'attitude des autorités américaines n'est pas autre chose que celle de criminels qui s'efforcent de dissimuler les preuves de leur forfait tant elles ont accumulé les mensonges les plus éhontés. Encore une fois, nous n'avons pas de preuves mais une intime conviction fondée sur un faisceau de faits qui prend sa signification dès lors que l'on avance la thèse du complot interne. Si les chasseurs de l'US Air Force ont mis beaucoup de temps pour intercepter les avions détournés, c'est qu'on a tout fait pour cela, afin que les pilotes ne découvrent pas qu'en fait ce n'étaient pas des avions de ligne qu'on envoyait sur les tours jumelles. Quant au Pentagone, il peut s'agir soit d'un missile, soit d'un drone de petite taille mais sûrement pas d'un Boeing 757 qui selon la version officielle, s'est "vaporisé"(sic)!
Les évènements qui ont suivi le 9-11 ne font que conforter cette thèse tant ils sont conformes au plan élaboré par le PNAC avec l'invasion de l'Afghanistan en octobre 2001.
Al-Qaïda ou le mythe du terrorisme international
Al-Qaïda tire son origine d'un groupe islamiste de résistants afghans qui se battaient contre l'armée soviétique et dont Oussama ben Laden devint le leader. Or les Américains soutinrent les groupes islamistes les plus radicaux jusqu'à ce que les Soviétiques retirent leurs troupes d'Afghanistan en février 1989, et à partir de ce moment, cessèrent leur soutien à Al-Qaïda; l'Arabie Saoudite fit de même en 1990. Al-Qaïda devint une organisation djihadiste dont certains membres allèrent combattre en Tchétchénie, au Kosovo et en Bosnie-Herzégovine. Pour les Américains, Al-Qaïda est une hydre terroriste islamique qui a juré la perte des Etats-Unis et de ses alliés occidentaux; ils ont trouvé leur grand méchant loup. Et quand les troupes américaines se mirent à traquer les membres d'Al-Qaïda à Tora-Bora, ils décrivirent leur base comme un bunker creusé dans la montagne abritant une installation digne d'un film de James Bond alors qu'il ne s'agissait que de grottes. Hillary Clinton, Secrétaire d'Etat actuelle, considère toujours Al-Qaïda comme l'ennemi public n°1 alors que c'est devenu une appellation non contrôlée que n'importe quel groupe terroriste peut revendiquer, la véritable organisation étant réduite à néant: "Comme bon nombre de mes collègues professionnels à travers le monde, j’estime, sur la base d’informations sérieuses, d’informations recoupées, qu'Al-Qaïda est morte sur le plan opérationnel dans les trous à rats de Tora Bora en 2002. Les services secrets pakistanais ensuite se sont contentés, de 2003 à 2008, à nous en revendre les restes par appartements, contre quelques générosités et quelques indulgences diverses. Sur les quelque 400 membres actifs de l’organisation qui existait en 2001 (...), il en reste moins d’une cinquantaine, essentiellement des seconds couteaux, à l’exception de Ben Laden lui-même et de Ayman al-Zawahiri, mais qui n’ont aucune aptitude sur le plan opérationnel. Donc moins d’une cinquantaine ont pu s’échapper dans des zones reculées, dans des conditions de vie précaires, et avec des moyens de communication rustiques ou incertains. Ce n’est pas avec un tel dispositif qu’on peut animer à l’échelle planétaire un réseau coordonné de violence politique" [10]. Cela nous conforte dans l'idée que le terrorisme islamique international est une affabulation, puisqu'il est étranger aux attentats du 11 septembre. Il y a bien un terrorisme islamique mais qui en sont principalement les victimes? Les musulmans; quant aux Occidentaux qui les ont subis, ce sont des dommages collatéraux. Il faut être naïf pour dire que les Américains ont échoué dans leur lutte contre le terrorisme puisqu'ils ne sont pas allés en Afghanistan pour cette raison mais pour assurer une présence militaire en installant à la tête du pays le Pachtoune Hamid Karzai, afin d'avoir un contrôle sur l'Iran, élément à prendre en compte lorsque les Etats-Unis envahirent l'Irak le 20 mars 2003. Cette politique de suprématie militaire changea pour le monde la perception qu'ils avaient des Etats-Unis: "L'image d'une Amérique narcissique, agitée et agressive a remplacé, en quelques mois, celle de la nation blessée, sympathique et indispensable à notre équilibre".[11]Par ailleurs, le doute sur Al-Qaïda s'est instauré dans l'opinion car dans une logique terroriste, on pouvait s'attendre à une vague d'attentats faisant suite à ceux du 11 septembre et susceptible de conforter la thèse d'un front islamiste dirigé contre l'Occident; cela ne s'est heureusement pas produit, preuve indirecte d'un terrorisme international fabriqué de toutes pièces par l'administration Bush. Non seulement l'image de l'Amérique s'est dégradée, mais surtout sa politique étrangère est un échec cuisant et a, contrairement au but recherché, entraîné pour elle une perte d'influence dans le monde. Enfin, en faisant voter par le Congrès en octobre 2001 la loi la plus inconstitutionnelle de l'histoire des Etats-Unis, le Patriot Act, George W. Bush porte une grave atteinte à l'image de démocratie qui est attachée à son pays. Les propos d'Eisenhower étaient prémonitoires, le lobby militaro-industriel avec les néoconservateurs a bien mis en danger les libertés et la démocratie.
Une Amérique mal en point
Les Etats-Unis, n'ayant plus les moyens économiques de leur suprématie militaire, se ruinent pour la maintenir: les crédits américains de défense pour l'exercice 2009-2010 se montent à plus de 660 milliards de dollars (pour un budget fédéral de 3400 milliards, soit 19,4 %), représentent plus de 40% des dépenses mondiales et le double de l'ensemble des pays de l'Union européenne. Ces dépenses militaires créent un déficit budgétaire vertigineux, empêchant le gouvernement fédéral d'investir dans la relance économique. Pire encore, en se focalisant sur une domination militaire dont l'échec est patent, les Etats-Unis n'ont pas vu les autres pays de la planète s'organiser économiquement et politiquement sans eux. Déjà, le 26 mars 1991, avec la signature du traité d'Asuncion par le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay nait le MERCOSUR (marché commun du Sud). Ce fut le prélude à une intégration des douze pays d'Amérique du Sud qui se concrétisa par la création le 23 mai 2008, lors du sommet de Brasilia, de l'UNASUR (Union des nations sud-américaines) avec à terme, un projet d'intégration analogue à celui de l'Union européenne. Les pays émergents qui ne se limitent pas à l'Amérique du Sud entendent bien s'affranchir de la tutelle économique des Etats-Unis: le 16 juin 2009, se tint à Iekaterinenbourg le premier sommet du BRIC, acronyme qui désigne le groupe formé par le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine. Tous ces pays prennent une place croissante dans l'économie mondiale. Nul doute qu'ils vont peser de plus en plus dans les futures réunions du G20. Le caractère multipolaire du monde actuel a de quoi donner le tournis aux dirigeants américains. Autre déconvenue, l'échec final des révolutions de couleur, avec la défaite, après les dernières élections en Ukraine, de Viktor Iouchtchenko au profit de Viktor Ianoukovytch, qui est pro-russe. Quant au président géorgien, Mikheil Saakachvili, il est toujours en place mais sa position est très affaiblie en raison de la guerre d'Ossétie du Sud qu'il a perdue en 2008 face aux troupes russes qui volèrent au secours des Ossètes.
La politique néoconservatrice menée par l'administration Bush pendant huit ans s'est soldée par un bilan désastreux pour les Etats-Unis dont l'actuel président, Barack Obama, doit assumer le lourd héritage et si le retrait des troupes américaines d'Irak semble bien engagé conformément au calendrier, il a décidé de renforcer le contingent américain en Afghanistan. D'où la question: à Washington, où sont prises les décisions concernant la politique étrangère des Etats-Unis? À la Maison Blanche ou au Pentagone? N'en déplaise aux "obamaniaques", le président américain ne sera pas un nouveau Roosevelt, cela se saurait déjà. On aurait pu s'attendre de sa part à une initiative diplomatique après sa prise de fonction, histoire de s'inscrire en faux par rapport à son prédécesseur ; il n'en a rien été. Il semble qu'il n'a pas d'idée en matière de politique étrangère, ce qui fait les affaires des militaires du Pentagone. "La faction néoconservatrice du Parti Républicain qui est convaincue qu'il est du devoir de l'Amérique de se faire le gendarme de la planète et de répandre ses propres valeurs démocratiques, à coups de revolver si nécessaire, incarne pour les États-Unis une nouvelle politique, brutale et radicale. Cette philosophie, après le 11-9, finit par faire peser sur la politique américaine une chape de plomb dont il sera très difficile de se débarrasser dans les années à venir"[12].
1 Emmanuel Todd, Après l'empire, quatrième de couverture, Folio/Gallimard 2004
2 Archives du Département d'Etat des Etats-Unis citées par le Daily Telegraph, édition du 19 septembre 2000
3 Ibid.
4 Ibid.
5 D'aucuns pensent qu'Andropov a été empoisonné. Dans ce cas, aurait-on voulu se débarrasser de lui suite à l'échec cuisant de sa politique étrangère ou parce qu'en tant qu'ancien chef du KGB qu'il dirigea de 1967 à 1982, il fit mettre en prison des dignitaires du régime convaincus de corruption et avait des dossiers sur eux? En attendant, nous n'avons aucun élément accréditant cette hypothèse.
6 Ce témoignage est cité dans le documentaire de Dylan Avery, Loose Change 2nd Edition (voir video plus bas)
7 Ibid.
8 Il s'agit précisément des experts de l'IDIAP Research Institute de Martigny en Suisse
9 Cette thèse fait l'objet d'un tabou en Europe et surtout en France parce qu'elle remet en cause de manière radicale la vision "Oncle Sam" de l'Amérique, avec tout ce que cela suppose de bienveillance de sa part. Même Emmanuel Todd, dans son livre, Après l'empire, se référant à la période des Trente Glorieuses, parle d'une Amérique "débonnaire", contrairement à ce que nous avons démontré plus haut. La thèse du complot interne est ouvertement exprimée aux Etats-Unis même, alors qu'en France, celui qui oserait l'avancer dans un quelconque média ferait l'objet d'une sorte de procès en sorcellerie. Il suffit de voir la réaction hystérique des "journalistes" français appartenant aux grands médias dès que l'on remet en cause si peu que ce soit la version officielle des attentats du 9-11. Ils taxent celui qui s'y livre de "conspirationnisme", ce qui revient pour lui à se faire traiter d'imbécile par des idiots…
10 Propos tenus par Alain Chouet, chef du Service de renseignement de sécurité à la DGSE de 2000 à 2002, dans le cadre d'un colloque qui s'est tenu au Sénat le 29 janvier 2010 sur le thème: "le Moyen-Orient à l'heure du nucléaire", et répondant à la question: "Où en est Al-Qaïda"?
11 Emmanuel Todd, Après l'empire, p.17, Folio/Gallimard 2004
12 Robert Bridge, 911 raisons pour lesquelles le 9/11 fut (probablement) un complot interne. Source: Russia Today
11/9: l'Amérique découvre laVérité à laTV (11 septembre 2001
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Invité le 28 mai 2009 sur le plateau de la chaîne de télévision américaine KMPH Fox 26 du groupe FOX TV, l’architecte et spécialiste des structures en acier Richard Gage y expose en direct les preuves de démolition contrôlée des tours du World Trade Center. Saisissant !
"Loose Change 2" en version française
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Le film qui a permis à des millions de gens de redécouvrir le 11 septembre 2001.
Si ce film transforme en thèse certaines de ses hypothèses, il a le mérite d’informer, de poser des questions légitimes et de mettre en exergue les principales zones d'ombres autour de ce drame.
"9/11 Press For Truth" (11 Septembre 2001)
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L'un des tous meilleurs films documentaires jamais réalisés à ce jour sur le 11-Septembre ! il raconte la longue bataille des familles de victimes contre les grandes puissances de Washington pour les contraindre à la mise en place d'une commission d'enquête ... Purement factuel et émouvant, "9/11 Press For Truth" met à jour de nombreux mensonges officiels, fraudes et défilements.
Le professeur David Ray Griffin démonte, non sans humour et en faisant preuve de la plus grande rigueur intellectuelle, les mythes les plus criants sur lesquels repose la version "officielle" des événements du 11 septembre 2001.
LE POUVOIR DES CAUCHEMARS (11 septembre 2001 / terrorisme)
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Le Pouvoir des Cauchemars » ("The Power of Nightmares") est un documentaire produit par la BBC qui s’applique à démontrer qu’Al-Qaida n’existe pas et que l’idée d’une menace terroriste globale est un pur fantasme. Un documentaire édifiant qui explique comment et pourquoi ce fantasme fut créé, qui en bénéficie, et pourquoi il résiste si bien à l’épreuve du temps.
Réalisé par Adam Curtis, qui est reconnu comme étant le meilleur documentariste en Grande Bretagne, « Le Pouvoir des Cauchemars » a reçu plusieurs prix et fut présenté « hors compétition » au festival de Cannes 2005.
Dans sa version intégrale, « Le Pouvoir des Cauchemars » dure près de 3 heures et remonte aux origines de l'islamisme et du néo-conservatisme. Il fut initialement diffusé sur BBC2 en octobre 2004, découpé en une série de 3 épisodes. Nous vous proposons ici un montage de ce documentaire, d’une durée de 32 minutes.
Sur le même thème, nous vous recommandons de visionner le discours d'Alain Chouet - ex-directeur du Service de renseignement de sécurité à la DGSE - lors d'une table ronde qui s'est tenue au Sénat le 29 janvier 2010. Alain Chouet y démystifie le concept "Al-Qaida", de manière certes moins radicale que ne le fait le documentaire de la BBC, mais tout aussi accablante (cf vidéo suivante)
A propos du réalisateur : Adam Curtis a reçu le prix de la persistance du regard du Golden Gate au San Francisco International Film Festival (2005), et le Alan Clarke Award (2006). Il enseigna les sciences politiques à l'université d'Oxford avant de se lancer dans une carrière à la télévision.
PLUS D'INFO sur www.REOPEN911.info
Le site français sur les attentats du 11 Septembre
L'intégrale du discours d'Alain Chouet au Sénat
envoyé par ReOpen911. - L'info internationale vidéo.
Lors d'une table ronde qui s'est tenue au Sénat le 29 janvier 2010 sur le thème "Où en est Al-Qaida", Alain Chouet - ancien directeur du Service de renseignement de sécurité à la DGSE - démystifie le concept "Al-Qaida" et dresse un tableau sans concession des réponses inadaptées et autres instrumentalisations faites par les pays occidentaux, sans pour autant dédouaner les dangers de l'extrémisme islamiste.
Un discours passionnant et sans langue de bois qui se situe à des années-lumières du discours officiel sur le 11-Septembre et la “nébuleuse al-Qaida” que les médias relayent depuis bien trop de temps. Vous vouliez savoir ce que pensent nos “espions” d’al-Qaida ? Accrochez-vous, les masques tombent.
Alain Chouet est un officier de renseignement français. Il a notamment occupé les fonctions de chef du bureau de coordination des recherches et opérations anti-terroristes (1980-1985) et celles de Directeur du Service de renseignement de sécurité à la Direction générale de la Sécurité extérieure (2000-02). N.B. Le "Service de renseignement de sécurité" est la branche anti-terroriste de la DGSE.
PLUS D'INFO sur www.REOPEN911.info
Le site français sur les attentats du 11 Septembre
FR National Security Alert Le Pentagone - 11 septembre 2001
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National Security Alert, l'enquête du Citizen Investigation Team sur l'attaque du Pentagone, le 11 septembre 2001. Les témoignages patiemment recueillis par Craig Ranke et son associé Aldo Marquis prouvent que l'avion n'a pas frappé mais survolé le bâtiment.
http://www.citizeninvestigationteam.com/index.html ///// http://thepentacon.com
Traduit par Kropotkine, Ikky et Winston.
19:02 Publié dans Etats-Unis d'Amérique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : états-unis
07/01/2010
Israël ou la chimère sioniste
"Ils ne voient qu'une seule chose :
nous sommes venus

et nous avons volé leurs terres.
Pourquoi devraient t-ils accepter cela"?
"Si j'étais un leader arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C'est normal; nous avons pris leur pays. Il est vrai que Dieu nous l'a promise, mais comment cela pourrait-il les concerner ? Notre dieu n'est pas le leur.
Il y a eu l'antisémitisme, les Nazis, Hitler, Auschwitz, mais était-ce leur faute ? Ils ne voient qu'une seule chose : nous sommes venus et nous avons volé leurs terres. Pourquoi devraient t-ils accepter cela"? Cette déclaration de David Ben Gourion, l'un des principaux fondateurs de l'état d'Israël résume les deux fondements présumés légitimes de la création de l'État hébreu: la Bible et la Shoah. L'idée répandue à propos de la Palestine depuis une soixantaine d'années, est celle d'une terre que les Juifs, après avoir été chassés par les Romains retrouvaient enfin après un exil qui avait duré dix-neuf siècles, d'autant plus que, suite au traumatisme de la Shoah, ils avaient enfin gagné le droit de vivre en paix sur une terre qui était la leur depuis l'arrivée de David à Sion comme le relate l'Ancien Testament (2 Samuel V,9). L'historien israélien Shlomo Sand est encore plus explicite sur cette justification de l'État hébreu à propos du "retour" du peuple juif: "La terre lui appartenait donc bien, et non pas à cette minorité dépourvue d'histoire qui y était arrivée par hasard. Aussi les guerres menées par le peuple errant pour reprendre possession de sa terre étaient-elles justes, tandis qu'était criminelle l'opposition violente de la population locale. Seule la bonté juive, sans rapport avec la Bible, a permis aux étrangers de continuer à résider aux côtés du peuple d'Israël revenu à sa langue biblique et à sa terre bien-aimée.
En Israël, ces amas de mémoires ne se sont pas constitués spontanément. Ils ont été accumulés, strate après strate, à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, par de talentueux reconstructeurs du passé, qui ont assemblé des morceaux de mémoire religieuse, juive et chrétienne, sur la base desquels leur imagination fertile a inventé un enchaînement généalogique continu pour le peuple juif" [1]. Précisément, cette reconstruction du passé s'inscrivit dans une recherche d'identité qui déboucha sur le concept d'une nation juive, laquelle prit la forme du sionisme avec son promoteur, Theodor Herzl.
Le sionisme, nationalisme juif
Ce besoin de se créer une identité juive transnationale et laïque était alors nouvelle dans l'histoire des populations juives d'Europe car "pour la plus grande partie du public cultivé d'Europe centrale et occidentale, héritier des Lumières, le judaïsme constituait une communauté religieuse, et certainement pas un peuple nomade ou une nationalité étrangère. Les rabbins et les religieux traditionalistes, c'est-à-dire les intellectuels «organiques» des communautés juives, n'avaient pas, jusqu'à présent, éprouvé le besoin de se fonder sur l'histoire pour renforcer une identité qui, pendant des siècles, leur avait semblé couler de source" [2]. Le sionisme s'inscrivait alors dans un mouvement de montée des nationalismes qui parcourait toute l'Europe et qui a marqué la fin du XIXe siècle: le concept de nation l'emportait sur celui de pays. Il s'agissait de trouver une nouvelle façon de vivre ensemble car "aucune nation ne possède naturellement une base ethnique, mais à mesure que les formations sociales se nationalisent, les populations qu'elles incluent, qu'elles se répartissent ou qu'elles dominent sont "ethnicisées", c'est-à-dire représentées dans le passé ou dans l'avenir comme si elles formaient une communauté naturelle [...]". [3] Donc, le nationalisme a besoin de se référer à une ethnie d'autant plus commune qu'elle est lointaine et c'est ainsi que fleurit dans la France de la IIIe république, le fameux "nos ancêtres les Gaulois" alors que les Français n'ont plus rien à voir avec eux quand on sait que la langue française est d'origine composite: elle procède tout à la fois du latin, du roman et du francique et n'a conservé que quelques mots d'origine gauloise. Cinq siècles d'acculturation romaine ont totalement effacé la civilisation gauloise. C'est dans le même état d'esprit que l'Allemagne se réfère aux tribus teutoniques, la Russie au peuple slave et la Pologne à une notion ethnico-religieuse. C'est justement dans ces trois pays que se concentrent les Juifs ashkénazes. En Russie et en Pologne, ils subirent des pogroms pendant une période allant de 1881 à 1884. On ne peut nier qu'ils eurent une influence déterminante sur la naissance du sionisme, en illustrant de façon brutale et cruelle que les Juifs ashkénazes et leur culture yiddish n'avaient pas leur place dans le nationalisme grandissant de ces pays en quête d'identité et c'est d'ailleurs dans cette montée des nationalismes que l'on trouve l'origine de l'antisémitisme moderne. Il fallait donc élaborer un nationalisme juif: ce fut la naissance du sionisme, ainsi nommé parce que cette idéologie prône le retour des Juifs à Sion, là ou fut bâtie Jérusalem. Theodor Herzl fut le créateur du mouvement sioniste qui repose sur quatre principes:
1. L'existence d'un peuple juif.
2. L'impossibilité de son assimilation par d'autres peuples.
3. D'où la création d'un État particulier pour prendre en charge le destin du peuple juif.
4. Le droit des Juifs à s'installer en terre d'Israël (Eretz Israël), c'est-à-dire en Palestine.
Le sionisme prétend affirmer une entité juive laïque tout en prenant dans la Bible ce qui l'arrange, c'est-à-dire la partie allant de la transmission du Décalogue à Moïse par l'Éternel à l'arrivée de David à Sion. Il passe, pour reprendre la formule de Shlomo Sand, de la religion de la foi à la religion de l'Histoire, chose qui ne fut pas du goût des religieux juifs de l'époque et l'opposition la plus sérieuse au projet sioniste émana du rabbin lituanien Elchonon Wasserman qui jouissait d'un grand prestige dans la communauté juive en tant que spécialiste reconnu de la Torah. Il suivait en cela l'approche d'une majorité de Juifs orthodoxes de l'époque, qui considéraient que Dieu avait détruit l'état juif de l'Antiquité, et que seul son messie pouvait le rétablir. Toute tentative humaine de s'opposer à la volonté de Dieu ne pouvait qu'entrainer des désastres pour le peuple juif. Cette position est partagée par celle de l'église catholique en la personne de Pie X: "Nous ne pourrons pas empêcher les Juifs d’aller à Jérusalem, mais nous ne pourrons jamais les y encourager. Le sol de Jérusalem n’a pas toujours été sacré, mais il a été sanctifié par la vie de Jésus. Les Juifs n’ont pas reconnu Notre Seigneur et nous ne pourrons donc pas reconnaître le peuple juif. Non possumus." [4]. Du reste, malgré la tenue du premier congrès sioniste à Bâle en 1897 au cours duquel fut créée l'organisation sioniste mondiale, et dont Herzl fut à l'initiative, les thèses de ce dernier trouvèrent peu d'écho auprès de la population juive qui avait adopté la même position que les rabbins. Le sionisme n'est pas seulement contestable d'un point de vue religieux, il l'est également sur son premier principe: l'existence d'un peuple juif.
Le mythe du peuple juif
"Comme il n'existait pas de preuve plus éclatante de l'existence des juifs en tant que peuple ou en tant que nation, et non comme «simple» communauté religieuse dans l'ombre d'autres religions hégémoniques, que leur antique «présence» étatique sur un territoire à eux, c'est par une marche en crabe vers le Livre des livres que celui-ci devint le meilleur des outils de construction d'une réalité nationale". [5] Donc, après la destruction du Temple de Jérusalem par l'empereur Titus en 70 et la répression de la révolte de Bar Kokhba en 135, les Juifs auraient été dispersés dans tout l'empire romain. D'après Shlomo Sand, il s'agit d'une légende chrétienne; si c'est le cas, cela vaut la peine qu'on s'y arrête pour nous demander si les Juifs n'ont pas été exclus du royaume de Dieu qui, comme l'a dit le Christ "n'est pas de ce monde" en refusant la Nouvelle Alliance que celui-ci leur proposait, la nouvelle Israël étant l'assemblée des chrétiens, l'église (ecclesia). Cette explication apparaît d'autant plus plausible que le Temple qui abritait l'Arche d'Alliance fut détruit, de sorte que Jérusalem cessa définitivement d'être le lieu privilégié de la présence divine, d'où, de la part des Juifs, un sentiment d'abandon et d'exil. On aurait donc interprété cette situation dans un sens purement matériel pour déboucher sur la légende du peuple dispersé et transformé ainsi en diaspora. Elle arrange bien les sionistes, l'ennui, c'est qu'elle est totalement fausse car à la suite des recherches historiques et archéologiques menées en Palestine, on n'a pas trouvé la moindre trace d'une telle dispersion. Enfin, les Romains n'avaient pas les moyens matériels de procéder à un tel déplacement de population et d'ailleurs, pourquoi l'auraient-ils fait? Lorsqu'une révolte éclatait dans l'empire, il leur suffisait d'en tuer les chefs et d'emprisonner ou de déporter comme esclaves ceux qui y avaient participé, ce qu'ils firent après la révolte de Bar Kokhba.
Pourtant, les historiens ont estimé qu'il y a eu quatre millions de Juifs dans l'empire romain. C'est inexplicable, si on garde à l'esprit cette image du judaïsme auquel un goy ne peut pas se convertir. Mais il n'en a pas toujours été ainsi, et cela fait l'objet d'un tabou, non seulement chez les sionistes mais également chez les juifs talmudiques, leurs alliés. Les historiens ont découvert qu'il y eut des conversions massives au judaïsme entre le premier siècle avant l'ère chrétienne et le premier siècle après JC qui s'accomplirent sur l'ensemble du bassin méditerranéen, entre autres au Maghreb, en particulier chez les Puniques (Carthaginois) qui vivaient sur le territoire de l'actuelle Tunisie, laquelle abrite aujourd'hui la plus importante et la plus ancienne communauté juive d'Afrique du Nord. Le judaïsme toucha même les Berbères qui se convertirent à leur tour. Cette présence des Juifs dans l'empire romain nous est également signalée dans les Actes des Apôtres: on les trouve en Syrie à Chypre, en Macédoine, en Grèce... et à Rome. Toutefois, avec l'apparition et le développement du christianisme, le judaïsme dut trouver des adeptes dans d'autres contrées: "La vérité est que, avant son repli partiel sur lui-même, quand son entourage chrétien l'eut rejeté dans la marginalité, le judaïsme s'adonna au prosélytisme dans les lieux encore vierges de tout contact avec le monothéisme expansionniste. De la péninsule arabique aux territoires des Slaves, des monts du Caucase, des steppes de la Volga et du Don, des espaces autour de la Carthage antique, détruite et reconstruite, jusqu'à la péninsule ibérique pré-musulmane, la religion juive continua de faire des adeptes, ce qui lui assura sa surprenante pérennité historique. Les régions dans lesquelles le judaïsme réussit à s'infiltrer étaient généralement occupées par des civilisations en voie de mutation, de sociétés tribales vers un début de consolidation en royaumes. Toutes pratiquaient encore le paganisme". [6] Il y eut même un empire juif, celui des Khazars: "Les Khazars, produits d'une coalition de clans puissants de lignée turque ou huno-bulgare, se mêlèrent au début de leur colonisation aux Scythes, leurs prédécesseurs sur ces hauteurs et ces steppes s'étendant de la mer Noire à la mer Caspienne, elle-même longtemps appelée la «mer des Khazars». A son apogée, ce royaume engloba une grande variété de tribus et de groupes linguistiques : des Alains aux Bulgares et des Magyars aux Slaves, les Khazars étendirent leur pouvoir sur un grand nombre de sujets qu'ils soumirent à l'impôt. Ainsi purent-ils régner sur un vaste territoire allant de Kiev au nord-ouest jusqu'à la Crimée au sud, de la Volga à la Géorgie actuelle". [7] Cet empire (VIe-XIe siècle), vit sa population se convertir au judaïsme au VIIIe siècle. En Israël, cette question des Khazars est devenue taboue, surtout depuis 1976, date à laquelle l'écrivain Arthur Koestler publia la Treizième Tribu dans lequel il parle de l'empire khazar et de son héritage: "Koestler pensait que « la grande majorité des juifs survivants vient de l'Europe orientale et [qu']en conséquence elle est peut-être principalement d'origine khazare. Cela voudrait dire que les ancêtres de ces juifs ne venaient pas des bords du Jourdain, mais des plaines de la Volga, non pas de Canaan, mais du Caucase, où l'on a vu le berceau de la race aryenne ; génétiquement, ils seraient apparentés aux Huns, aux Ouïgours, aux Magyars, plutôt qu'à la semence d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. S'il en était bien ainsi, le mot "antisémitisme" n'aurait aucun sens : il témoignerait d'un malentendu également partagé par les bourreaux et par les victimes. À mesure qu'elle émerge lentement du passé, l'aventure de l'empire khazar commence à ressembler à une farce, la plus cruelle que l'histoire ait perpétrée». (A. Koestler, La Treizième Tribu, p. 17-18)". [8] Ce qu'on peut affirmer avec certitude, c'est que les conquêtes mongoles chassèrent ces populations d'Asie centrale qui migrèrent à l'est de l'Ukraine et aux frontières de la Pologne et de la Lituanie, et parmi elles, les Juifs khazars. Ces derniers sont-ils pour autant les ancêtres des Juifs ashkénazes? Toujours est-il que les premiers signes de judaïsme en Europe de l'Est apparaissent après la disparition de l'empire khazar et il est difficile de ne pas faire le lien entre les deux. Il ressort de tout ceci que parmi les actuels Palestiniens, il y en a probablement qui sont les descendants des premiers Juifs de la région, comme le soutenaient dès 1929, David Ben Gourion et Ytzhak Ben Zvi. Cette histoire des Khazars fut connue dès 1838 et fit l'objet d'études plus approfondies dans la deuxième moitié du XIXe siècle, mais les documents dont on disposait à l'époque étaient trop rares pour remettre en cause la certitude d'un peuple juif à la filiation biologique ininterrompue depuis sa "dispersion". Ajoutons à cela que le mot "juif" se réfère aussi bien à l'appartenance au peuple éponyme qu'à la religion judaïque alors que la communauté des croyants est qualifiée d'"église" chez les chrétiens, et d'"oumma" chez les musulmans. Cela tient tout simplement au fait que les Hébreux, qui deviendront les Juifs avec leur arrivée à Sion sont désignés dans la Bible comme "peuple élu". Donc la notion de peuple fait partie de la tradition juive comme peuple de Dieu que le sionisme laïque détourne à son profit en lui donnant un caractère charnel et que le judaïsme talmudique, héritier du pharisianisme s'est appropriée en développant dans une optique millénariste le mythe d'un messie vengeur qui viendra avec "une verge de fer" redonner au peuple élu sa gloire d'antan et cela ne pourra se faire qu'en Palestine et à Jérusalem où les Juifs sont appelés à retourner. Ce courant du judaïsme, dont les vues convergent avec le projet sioniste, explique aujourd'hui l'emprise croissante de l'extrémisme religieux sur les institutions israéliennes. Nous y reviendrons. L'absence de preuves historiques et scientifiques d'un peuple juif à la filiation biologique ininterrompue n'empêche pas le sionisme de se développer et de passer à une étape décisive avec la déclaration Balfour et la mise sous mandat britannique de la Palestine.
La Palestine mandataire et la création de l'Agence juive (1920-1947)
Avant la naissance du sionisme, les pogroms des années 1881-1884 provoquèrent l'exil de Juifs ashkénazes, principalement en direction des États-Unis d'Amérique jusqu'en 1924, année où ce pays leur ferma ses frontières. Peu se rendirent en Palestine car à l'époque, elle faisait partie de l'Empire ottoman. Tout change lorsque les troupes britanniques, conduites par le général Edmund Allenby remportent une victoire décisive sur les Turcs à Beer-Sheva le 31 octobre 1917. Arthur James Balfour, alors ministre britannique des affaires étrangères envoya une lettre ouverte à Lionel Walter Rothschild le 2 novembre 1917 et sous la pression des sionistes comme Chaim Weizmann, alors président de la Fédération sioniste, qui sera élu en 1948 Président de l'État d'Israël: […] "Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays".[...]. Après la signature du traité de Sèvres le 10 aout 1920 qui consacra le démantèlement de l'Empire ottoman, la Palestine fut placée sous mandat par la Société des Nations pour en confier l'administration au Royaume-Uni, décision officialisée en juillet 1922. Ce mandat fut assorti des conditions suivantes: le Royaume-Uni devait "placer le pays dans des conditions politiques, administratives et économiques qui permettront l'établissement d'un foyer national juif et le développement d'institutions d'auto-gouvernement, ainsi que la sauvegarde des droits civils et religieux de tous les habitants de la Palestine, à quelque race ou religion qu’ils appartiennent" (article 2 du mandat). Il devait également "faciliter l'immigration juive et encourager l'installation compacte des Juifs sur les terres". Cette différence de traitement fut fortement critiquée par les leaders arabes palestiniens, des plus radicaux aux plus modérés. Cela ne pouvait qu'entraîner des conflits qui commencèrent en 1920 avec les émeutes de Jérusalem qui firent une dizaine de morts et 250 blessés. Ces émeutes furent suivies en 1921 par celles de Jaffa que les habitants juifs fuirent pour se réfugier à Tel-Aviv, ville mitoyenne de Jaffa, mais uniquement habitée par les Juifs, qui fut séparée administrativement de Jaffa. A la suite des ces deux émeutes, les Juifs créèrent et développèrent une force d'autodéfense, la Haganah (défense en hébreu) qui devint une véritable force militaire après le massacre d'Hébron en 1929 (67 morts) au service de l'Agence juive pour la Palestine créée la même année pour être l’exécutif de l'Organisation sioniste mondiale en Palestine mandataire britannique. À partir du début des années 1930, elle devint le gouvernement de fait de la population juive palestinienne et organisa l'immigration sioniste pour la développer, ce qui mécontenta la population arabe qui craignait de se voir traiter comme une minorité dans son propre pays. Ce mécontentement déboucha sur la Grande Révolte arabe de 1936 et dura trois ans pour être matée par les forces britanniques qui n'hésitèrent pas à se faire seconder par la Haganah. Dans cette révolte, 5000 Arabes y laissèrent la vie, ainsi que 400 Juifs et 200 Britanniques. Ce fut aussi durant cette période sanglante qu'apparut le terrorisme juif perpétré par une organisation issue d'une scission au sein de la Haganah, l'Irgoun. Après le massacre d'Hébron qui se prolongea par des émeutes jusqu'en 1931, un désaccord apparut au sein de la Haganah dont les dirigeants avaient développé une doctrine selon laquelle cette organisation paramilitaire devait se cantonner à la défense face à une attaque arabe et n'exercer des représailles qu'à l'encontre d'anciens attaquants dûment identifiés, ce qui était rarement le cas, et c'est pourquoi un courant apparut au sein de l’organisation, prônant des représailles contre les populations soutenant les attaquants, c’est-à-dire potentiellement contre tout civil arabe palestinien. Et c'est ainsi que fut créée la Haganah Beth pour prendre le nom d'Irgoun Zwaï Leoumi ("Organisation militaire nationale") en 1936-1937, époque à partir de laquelle cette organisation perpétra de nombreux attentats terroristes contre la population arabe jusqu'en 1939, en tout 60 dont 37 firent des morts, y compris deux officiers britanniques qui sautèrent sur une mine. Le 17 mai 1939, les Britanniques, pour calmer la population arabe, publièrent un livre blanc: Ils entendaient mettre un coup d'arrêt à l'immigration juive [9] et envisageaient la création en 1949 d'un État palestinien à minorité juive. L'Irgoun arrêta alors ses attentats, mais un de ses dirigeants, Avraham Stern, ulcéré à l'idée de voir disparaître le foyer national juif provoqua une scission au sein de l'organisation et fonda le Lehi en 1940. Il se fixait pour objectif de mettre fin au mandat britannique par la force afin de lever tout obstacle à l'immigration juive et de créer un État juif. Il commit de nombreux attentats contre les Britanniques de 1941 à 1948, puis contre les Arabes en 1947-1948. Son action la plus retentissante fut l'assassinat au Caire de Lord Moyne, secrétaire d'État britannique; il avait eu le tort de déclarer le 9 juin 1942 à la Chambre des Lords que les Juifs n’étaient pas les descendants des Hébreux antiques, et qu’ils n’avaient aucune «réclamation légitime» sur la terre sainte. Toutefois, le Lehi se joignit à la Haganah et à l'Irgoun pour créer "un mouvement de la révolte hébraïque" qui sévit d'octobre 1945 au 22 juillet 1946; ce jour-là, l'Irgoun, sous la direction de Menahem Begin, fit sauter l'hôtel King David qui abritait le secrétariat du Gouvernement britannique de Palestine. On dénombra 91 victimes (28 Britanniques, 17 Juifs et 41 Arabes), la plupart civiles. La Haganah désapprouva cet attentat et se retira du mouvement. La situation en Palestine était de toute façon devenue intenable pour les autorités britanniques, et en février 1947, le gouvernement de Clement Attlee décida de remettre son mandat aux Nations unies. L'ONU désigna le 13 mai 1947 les membres d'un comité, l'UNSCOP (United Nations Special Committee on Palestine) chargé de trouver une solution et il proposa un plan de partage de la Palestine en deux États, l'un juif, l'autre arabe avec Jérusalem sous contrôle international. Ce plan fut adopté lors d'une assemblée générale des Nations-Unies (résolution 181) le 29 novembre 1947. Si les Juifs, dans leur écrasante majorité, acceptèrent ce partage, les Arabes s'y opposèrent farouchement et déclenchèrent une offensive contre le Yichouv (Juifs vivant en Palestine). Le 9 avril 1948, après qu'une poche de résistance arabe située dans le village de Deir Yassin eut été réduite, l'Irgoun s'y livra à un "nettoyage" qui fit entre 100 et 200 morts dans la population civile. Ce massacre eut un grand retentissement auprès des Arabes palestiniens et provoqua l'exode d'une partie de cette population. Finalement, le Yichouv l'emporta et le 14 mai 1948, ce fut la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël qui allait connaître sa première guerre. Le projet de Theodor Herzl étant réalisé, était-ce pour autant la fin du sionisme? Non car à partir de cette date décisive, il servit à justifier en permanence l'existence d'un État, qui bien qu'ayant été entérinée par le droit international, demeure illégitime aussi bien dans ses fondements que dans ses actes.
Israël, État illégitime
Comment une population, vivant en Palestine depuis treize siècles pouvait-elle voir arriver de gaité de cœur des immigrants résolus à voler leurs terres comme l'a dit lui-même Ben Gourion qui reconnaissait ainsi le caractère spoliateur de l'implantation juive sur ce territoire? Le résultat concret de la naissance de l'État d'Israël, ce furent des exodes massifs auxquels on assista entre novembre 1947 et octobre 1948, soit 800000 Arabes de Palestine jetés par la guerre sur les routes de l'exil. Cet épisode est resté dans la mémoire des Palestiniens sous le nom de Nakba (la catastrophe). Enfin, le conflit israélo-arabe de 1948-1949 qui fit suite à la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël permit à ce dernier d'agrandir son territoire de 26%. Ce n'est pas ce qui gêna la communauté internationale car les Juifs ashkénazes rescapés de la Shoah ne désiraient plus rester en Europe et aucun autre pays n'en voulait: "En 1947, l'Assemblée générale de l'ONU vota à la majorité des voix la création d'un «État juif» et d'un «État arabe» sur le territoire qui portait auparavant le nom de Palestine/Eretz Israël. Des milliers de déracinés sans abri erraient alors à travers toute l'Europe, et la petite colonie de peuplement sioniste établie dans le cadre du mandat britannique était censée les absorber. Les États-Unis, qui, jusqu'en 1924, avaient accueilli de nombreux juifs du peuple yiddish, refusaient désormais d'ouvrir leurs portes aux rescapés brisés par le grand massacre nazi; les autres États développés firent de même. Il leur était finalement beaucoup plus facile de proposer aux rescapés une terre lointaine qui ne leur appartenait pas pour résoudre le dérangeant problème juif" [10]. Ajoutons à cela que chez les Européens régnait un sentiment de culpabilité: après tout, c'est sur leur continent que s'était déroulée une des plus grandes tragédies du XXe siècle, d'où l'idée que les Juifs avaient tellement souffert qu'ils avaient le droit de retourner sur la terre de leurs "ancêtres" et voilà que les Arabes cherchaient à les tuer, si bien que l'infortune des Palestiniens ne suscita guère d'émotion en Occident. Enfin, il est évident qu'Israël n'aurait jamais existé et continuer à exister sans l'aide de puissances étrangères, le Royaume-Uni d'abord, les USA ensuite; en effet, c'est en 1947 que débute la Guerre froide qui vit l'antagonisme entre l'URSS qui représentait le communisme, et les États-Unis, le monde libre. Or, les Russes, depuis la conquête de la Crimée sous le règne de Catherine II, ont toujours recherché des débouchés maritimes sur les mers chaudes, d'où leurs menées au Moyen-Orient, et dans cette perspective, ils soutinrent la Syrie, l'Irak et l'Égypte après l'affaire du canal de Suez en 1956. Israël s'était donc trouvé au cœur d'un enjeu géopolitique entre les deux superpuissances du globe, ce qui avait valorisé son image en tant qu'ilot de démocratie au milieu de cette région du monde dominée par des dictatures militaires. En somme, c'était David contre Goliath.
Et en Israël même, la menace permanente d'ennemis massés à ses frontières souda la population autour de son armée, Tsahal et les kibboutz insufflèrent à la société israélienne un esprit de solidarité qui se manifesta dans sa représentation politique avec les travaillistes qui présidèrent aux destinées du pays de 1948 à 1977. Ce capital de sympathie et d'admiration que suscita Israël en Occident écarta tout questionnement sur sa légitimité, à fortiori sur le bien-fondé ou non des thèses sionistes. Les choses changèrent avec la Guerre des six jours en juin 1967: à la suite de sa victoire, Israël tripla la superficie de son territoire en annexant au sud le désert du Sinaï, à l'est la Cisjordanie au nord, le plateau du Golan et à l'ouest la bande de Gaza. Malgré la résolution 242 de l'ONU qui enjoignit l'État hébreu de se retirer des territoires occupés, l'argument du gouvernement israélien consista à dire: restitution des territoires occupés en échange de la paix. Mais il savait très bien que les pays arabes (Égypte, Jordanie et Syrie) auxquels avaient appartenu les territoires annexés n'accepteraient jamais ce marchandage, d'autant plus que leur défaite fut humiliante. En réalité, les Israéliens avaient en projet depuis 1948 de se rendre maîtres à la première occasion de toute la rive droite du Jourdain et surtout de Jérusalem. Pourtant, ils restituèrent les territoires pris à l'Égypte suite aux accords de Camp David conclus en 1978, à l'exception de la bande de Gaza. Il faut dire qu'ils ne représentaient guère d'intérêt pour eux, à la différence de la Cisjordanie et du plateau du Golan, véritable forteresse naturelle censée les protéger des attaques syriennes. Cependant, l'État hébreu avait annexé des populations qui, avec le temps, remettaient en cause sa cohésion et même sa sécurité, puisqu'à une menace militaire extérieure s'était ajoutée une menace intérieure: celle du terrorisme palestinien car il leur était devenu impossible de chasser les populations des territoires occupés comme ils l'avaient fait lors du conflit de 1947-1948. Ces territoires occupés ont largement contribué depuis 1967 à changer l'image d'Israël dans le monde qui devint peu à peu celle d'un pays colonialiste et oppresseur, avec les deux Intifadas de 1987 et de 2000 et surtout l'opération "plomb durci" de l'hiver 2008-2009, c'est-à-dire l'attaque par Tsahal de la bande de Gaza qui fit 1400 morts chez les Palestiniens. Plus Israël se discrédite aux yeux de la communauté internationale, plus il fait apparaître sa véritable nature: une nation construite sur la base d'une idéologie nationaliste, raciste et xénophobe puisque, ne l'oublions pas, le deuxième principe du sionisme, c'est le caractère inassimilable du peuple juif, ce qui entraîne l'exclusion de tous les autres. C'est pourquoi les Israéliens, face au déficit d'image de leur pays, en sont réduits à "vendre" Israël et font feu de tout bois en répandant la bonne parole sioniste.
Le sionisme et ses relais à l'étranger
C'est sur internet que s'expriment les critiques les plus vives à l'égard de l'État hébreu, et quand on voit des commentaires ou réactions soutenant avec passion Israël, on peut douter de leur caractère spontané: le ministère israélien des affaires étrangères paie une équipe secrète d'internautes qui naviguent sur internet 24h sur 24 afin de diffuser la hasbara, mot qui veut dire "explication publique" qu'il convient de traduire ici par "propagande gouvernementale". Il désigne aussi par extension le groupe chargé de ce travail. L'essentiel reste cependant assuré par les médias traditionnels et les organisations juives. Nous pensons évidemment aux États-Unis, connus pour abriter la plus importante communauté juive dans le monde après Israël et qui finance l'État hébreu depuis le début. Ce soutien américain s'est renforcé avec l'apparition de sionistes chrétiens appartenant à des mouvements évangéliques protestants; ils justifient la création d'un État juif en prétendant s'appuyer sur les prophéties d'Ezéchiel, d'Isaïe et surtout de Jérémie, sauf qu'elles ne concernent pas la période actuelle mais s'adressent aux Juifs captifs à Babylone: « Mais vous écoutez la parole de l'Éternel, vous tous captifs que j'ai envoyés de Jérusalem à Babylone.» (Jérémie XXIX, 20). Elle concernait le retour des Juifs à Jérusalem pour la construction du deuxième Temple avec Esdras et Néhémie. Le sionisme chrétien, oxymore et incongruité sur le plan théologique, est à sa manière aussi faux et mensonger que la doctrine de Herzl.
En France où les Juifs sont bien intégrés à la société grâce à la Constituante qui les émancipa en 1791 et à Napoléon qui créa en 1808 le Consistoire central et sept consistoires départementaux qui avaient pour but d'administrer le culte israélite, la situation est radicalement différente de celle qu'a connu l'Europe centrale au XIXe siècle. Si la France n'a pas été épargnée par l'antisémitisme comme l'a montré l'affaire Dreyfus, il s'est cantonné pour l'essentiel à des mouvements de droite nationaliste ou d'extrême-droite dont les électeurs n'ont jamais voulu, que ce soit avant la Première Guerre mondiale ou après: alors que l'Italie et l'Allemagne avaient basculé dans le fascisme, les Français portèrent au pouvoir en 1936 le Front populaire avec comme président du conseil, un Juif, Léon Blum. Il n'est pas inutile de rappeler ces faits quand une propagande sioniste persistante voudrait nous faire croire que la France est un pays antisémite à cause du régime de Vichy. On en trouve l'exemple le plus emblématique avec ce livre immonde, L'idéologie française, commis en 1981 par le "philosophe" Bernard-Henri Lévy. Il y développe l'idée selon laquelle le régime de Vichy aurait révélé un "fascisme aux couleurs de la France" marqué par l'antisémitisme. Et voici la critique qu'en fit Raymond Aron: "Si l'on objectait à Bernard-Henri Lévy qu'il viole toutes les règles de l'interprétation honnête et de la méthode historique, il répondrait avec arrogance qu'il se moque des pions de l'Université. Mais peut-être consentira-t-il à réfléchir un instant sur un fait indiscutable: le fascisme n'a jamais «pris» en France, comme une mayonnaise ne prend pas. Les idéologies des années 30, de type communautaire, anti-individualiste, n'ont jamais débouché en dehors des cénacles de l'intelligentsia parisienne. Elles ont accédé au pouvoir à la faveur d'une catastrophe nationale. Là encore elles sont demeurées un mixte de traditionalisme et de parafascisme.
Les «rénovateurs», en quête d'une nouvelle droite, rompent avec l'héritage de la contre-révolution qui paralysa le développement d'un vrai fascisme. Les tentatives d'unir le nationalisme au socialisme ne manquèrent pas, mais il n'y eut pas de national-socialisme, et les Français, avant 1940 comme après 1945, votèrent pour la République et la démocratie parlementaire". [11] Non seulement Lévy se livre à une falsification de l'Histoire mais surtout, il crée un antisémitisme imaginaire: "Nombre de Juifs, en France, se sentent de nouveau guettés par l'antisémitisme et, comme des êtres «choqués», ils amplifient par leurs réactions le danger, plus ou moins illusoire, qu'ils affrontent. Que leur dit ce livre? Que le péril est partout, que l'idéologie française les condamne à un combat de chaque instant contre un ennemi installé dans l'inconscient de millions de leurs concitoyens. Des Français non juifs en concluront que les Juifs sont encore plus différents des autres Français qu'ils ne l'imaginaient, puisqu'un auteur acclamé par les organisations juives se révèle incapable de comprendre tant d'expressions de la pensée française, au point de les mettre au ban de la France. Il nous annonce la vérité pour que la nation française connaisse et surmonte son passé, il jette du sel sur toutes les plaies mal cicatrisées. Par son hystérie, il va nourrir l'hystérie d'une fraction de la communauté juive, déjà portée aux paroles et aux actes du délire". [12] Ces propos de Raymond Aron laissent apparaître en filigrane l'action de certaines organisations juives en France qui semblent partager avec Lévy cette suspicion permanente d'antisémitisme "à la française": L'organisation la plus importante est le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) qui est devenu le plus important lobby pro-israélien en France tout en ayant ses entrées dans les plus hautes sphères du pouvoir. Ces organisations ont favorisé l'immigration en France en assimilant toute critique des immigrés à du racisme, en brandissant en permanence l'arme judiciaire pour les récalcitrants à cette police de la pensée: le sionisme est l'ennemi des cultures nationales et l'immigration massive est un bon moyen de dissoudre l'identité française, y compris dans ce qu'il reste de son héritage chrétien. C'est ainsi qu'avec la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme), il a contribué à faire voter la loi antiraciste dite loi Gayssot dont l'article 9 empêche toute étude historique sérieuse sur la Shoah qui risque d'être considérée comme une forme ou une autre de négationnisme, disposition liberticide et anticonstitutionnelle. La stratégie des sionistes, c'est d'associer l'antisémitisme aux autres formes de racisme, si bien que la présentation qu'on nous a toujours faite de la Shoah, est devenue un dogme intangible. Et à chaque fois que l'État hébreu est critiqué en Europe, ses représentants et ses relais à l'étranger brandissent la Shoah pour entretenir un sentiment de culpabilité éternel chez les Européens et la réaffirmer sans cesse comme un élément fondateur d'Israël, cette dernière considération nous amenant à nous poser pour ce pays la question de son identité.
Israël, quelle identité?

L'idée communément répandue est qu'Israël a été fondé par les rescapés des camps de concentration qui n'avaient nulle part où aller si ce n'est dans cette Palestine que l'ONU mettait à leur disposition. C'est en tout cas ce qu'on laissé croire les dirigeants de l'État hébreu lorsqu'ils créèrent en 1953 le mémorial Yad Vashem. Ils avaient tout intérêt à orienter la mémoire collective sur un passé présentant les Juifs comme victimes et non comme bourreaux ainsi que le montre l'histoire de la Palestine mandataire qu'on a de cette façon occultée. Derrière une appropriation de la Shoah qui se veut identitaire, se cache en réalité cette justification permanente: puisque nous avons été opprimés, nous avons le droit d'être des oppresseurs à l'égard de ces Palestiniens qui n'ont rien à faire sur notre Eretz Israël. C'est pourquoi les sionistes identifient l'histoire d'Israël à celle du peuple juif qui plonge ses racines dans l'Ancien Testament, se réclamant de la bénédiction d'un Dieu auquel par ailleurs ils ne croient pas; c'est ce que Shlomo Sand appelle la "mythistoire". Mais il est vrai que "la rédaction des histoires nationales n'est pas destinée à découvrir les civilisations du passé ; son objectif principal, à ce jour, a consisté en l'élaboration de l'identité nationale et en son institutionnalisation politique dans le présent". [13] Aussi, l'État d'Israël est-il officiellement un État juif qui pratique une démocratie à deux vitesses: seuls ceux qui sont de religion juive ont droit à la nationalité israélienne, sinon tous les autres n'ont droit qu'à la citoyenneté. En outre, la loi du retour permet à tout individu de religion juive d'immigrer en Israël et d'en obtenir la nationalité: "du fait de la conception spécifique de la nation portée par le sionisme, l'État d'Israël, soixante ans après sa fondation, refuse de se voir comme une république existant pour ses citoyens. Comme l'on sait, près de un quart d'entre eux n'y sont pas considérés comme des juifs, et, de ce fait, selon l'esprit de ses lois, l'État n'est pas le leur. Dès l'origine, il s'est abstenu d'intégrer les habitants locaux dans le nouveau cadre culturel en train de se créer, dont ils furent délibérément maintenus à l'écart. De même, Israël s'est toujours refusé à se constituer en une démocratie de type pluriculturel (comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas) ou de type polysocial (à l'exemple de la Suisse ou de la Belgique), à savoir un État qui accepte la diversité tout en demeurant une construction au service des habitants qui y vivent. Au lieu de cela, Israël persiste à se déclarer comme l'État juif appartenant aux juifs du monde entier, alors même que ceux-ci ne sont plus des réfugiés persécutés mais des citoyens de plein droit, vivant en parfaite égalité avec les habitants des pays où ils ont choisi de continuer à résider. Cette dérogation profonde au principe sur lequel se fonde la démocratie moderne, et le maintien d'une ethnocratie sans frontières pratiquant une sévère discrimination à l'encontre d'une partie de ses citoyens, continuent de trouver leur justification dans le mythe de la nation éternelle, reconstituée pour se rassembler, un jour, sur la «terre de ses ancêtres»".[14] Pire encore, des recherches scientifiques, à ce jour infructueuses, sont menées depuis plusieurs années en Israël pour essayer, sans rire, de trouver un ADN du peuple juif; et quand on fait ce genre de démarche, c'est pour prouver la supériorité d'une race sur une autre, nous ramenant à l'époque des théories racistes de la fin du XIXe siècle que la Science a depuis longtemps invalidées. Cela en dit long sur la désorientation d'un pays qui s'est lui-même pris au piège de sa colonisation: déjà en 1948, les sionistes n'avaient pas pu se débarrasser de tous les Palestiniens, si bien qu'aujourd'hui, ils représentent 20% de la population israélienne et sont écartés de la vie culturelle et politique du pays. Pour Israël, c'est l'impasse: ou les citoyens israéliens sont traités sur un même pied d'égalité, et c'est en fini de l'État juif, ou le statu quo est maintenu, mais alors, on risque de voir se soulever les Palestino-Israéliens qui se sentent de plus en plus proches de ceux des territoires occupés qu'Israël ne peut pas annexer car les Juifs ne seraient majoritaires qu'à 57% face à une population dont la haine à l'égard de l'État hébreu n'a fait que s'accumuler. Il s'agit bien d'une crise identitaire à laquelle on essaie d'échapper en se référant plus que jamais au Talmud qui rejette violemment tout ce qui n'est pas juif, d'où l'emprise croissante des religieux sur les institutions israéliennes. La situation est particulièrement préoccupante en ce qui concerne Tsahal, l'armée israélienne, qui est de plus en plus sous la coupe des "Yeshivot Hesder" ces écoles talmudiques qui permettent de concilier études religieuses et service militaire dont les élèves sont issus pour la plupart du mouvement sioniste religieux et rejoignent, pour 80% d'entre eux, les unités combattantes. Ils se sont illustrés en refusant d'évacuer des colons israéliens dans les territoires occupés, considérant ces derniers comme "Terre de Dieu" et préférant obéir à leurs rabbins plutôt qu'à leurs supérieurs. Tsahal est en train de se transformer en une armée incontrôlable de fanatiques: plutôt inquiétant quand on sait qu'Israël possède au minimum 200 têtes nucléaires et des missiles d'une portée suffisante pour toucher les métropoles européennes. Enfin, la paranoïa semble gagner les plus hautes sphères du pouvoir israélien qui s'imagine que les pays musulmans du Moyen-Orient veulent détruire Israël, notamment l'Iran avec lequel il brûle d'en découdre. Et si comme cela ne suffisait pas, les Israéliens sont en train de construire un mur de 720 km de long en Cisjordanie, officiellement pour protéger les colonies des attaques terroristes, en réalité pour s'accaparer les points d'eau et en priver les Palestiniens qui se trouvent de l'autre côté de ce nouveau mur de la honte. Enfin, les Arabes sont en train d'être chassés de la partie orientale de Jérusalem. Israël apparaît désormais comme un État aux abois qui se radicalise dans son sionisme, dont l'image est ruinée aux yeux de la communauté internationale et qui représente une menace pour la paix.
Comme on le voit, l'histoire de la Palestine mandataire et d'Israël s'est écrite en lettres de sang et il est à craindre qu'elle ne soit pas finie. En attendant, le conflit israélo-arabe produit des dommages collatéraux en France si l'on en croit le ministère de l'Intérieur qui fait état pour l'année 2009 d'une recrudescence des actes antisémites dont on sait qu'ils émanent d'une population vivant dans les cités, et qui identifie tous les Juifs aux Israéliens. La faute en incombe à toutes ces organisations irresponsables qui prétendent parler au nom de tous les Juifs de France et dont le soutien aveugle et inconditionnel à l'État hébreu s'avère contre-productif en générant un antisémitisme post-Shoah. Comme l'avait annoncé le rabbin Wasserman, le sionisme, qui a engendré cette chimère qu'est Israël, ne peut qu'entraîner le malheur des Juifs dont il est, au bout du compte, le pire ennemi.
1 Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, Avant-propos, p.30 – Fayard, 2008
2 Ibid., chap. 2 « Mythistoire ». Au commencement, Dieu créa le Peuple/L'Ancien Testament comme «mythistoire» p.106
3 Etienne Balibar, La forme nation : histoire et idéologie, 1988.
4 Saint Pie X, 25 janvier 1904, Cité du Vatican
5 Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, chap.2 «Mythistoire». Au commencement, Dieu créa le Peuple/L'Ancien Testament comme «mythistoire» p.110 – Fayard, 2008
6 Ibid., chap.4 Lieux de silence. A la recherche du temps (juif) perdu
7 Ibid., chap.4 Lieux de silence. A la recherche du temps (juif) perdu/Des Kagans juifs ? Un drôle d'empire s'élève à l'est, p.301
8 Ibid., chap.4 Lieux de silence. A la recherche du temps (juif) perdu/L'énigme — l'origine des juifs d'Europe de l'Est, p.333
9 Les persécutions nazies firent émigrer de nombreux Juifs en Palestine
10 Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, chap. 5 La distinction – La politique identitaire en Israël/Bâtir un état "ethnique" p. 388 – Fayard, 2008
11 Raymond Aron, Provocation, article paru dans L'Express du 02/07/1981
12 Ibid.
13 Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, chap.4 Lieux de silence. A la recherche du temps (juif) perdu/L'énigme — l'origine des juifs d'Europe de l'Est p. 344 – Fayard, 2008
14 Ibid., Avant-propos, p.36
Peuple juif inventé Shlomo Sand France Inter 1/2
Peuple Juif Inventé-Shlomo Sand France Inter 2/2
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